LIVRE X.
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généraux qui occupaient le Caire et Alexandrie , en faisant durer unerésistance sans espoir, pouvaient seconder encore très-utilement lesgraves négociations de la France avec l’Angleterre. Ils ne le savaientpas, il est vrai ; c’est pourquoi, dans l’ignorance des services qu’onpeut rendre en prolongeant une défense, il faut écouler la voix del'honneur, qui commande de résister jusqu’à la dernière extrémité.T)e ces deux généraux bloqués, le plus malheureux, car il avait commisle plus de fautes, Menou, en s’obstinant à retarder la redditiond’Alexandrie , fut encore utile, comme on va le voir, aux intérêts dela France . Ce fut plus tard sa consolation, ce fut son excuse auprès dupremier consul.
Lorsque les troupes détachées à Ramanieli rentrèrent dans le Caire ,il y eut à délibérer sur la conduite à suivre. Le général Belliard était,par son grade, le commandant en chef. C’était un esprit avisé, maisplus avisé que résolu. Il convoqua un conseil de guerre. Il restait en-viron 7,000 hommes de troupes actives, plus 5 à 6,000 mille indi-vidus malades, blessés et employés de l’armée. La peste sévissait ; ouavait peu d’argent et de vivres, et une ville, d’un immense circuit, àdéfendre. 7,000 hommes étaient insuffisants pour garder ce circuit.L’enceinte n’était nulle part faite pour résister à l'art des ingénieurseuropéens. La citadelle présentait, il est vrai, un réduit, mais insuffi-sant pour recevoir 12,000 Français , et ne pouvant tenir contre legros canon des Anglais . Un tel poste était bon uniquement pours'abriter contre la populace du Caire . Il n’y avait évidemment que deuxchoses à faire : ou d’essayer, par une marche hardie, de descendredans la basse Égypte, d’y surprendre le passage du Nil , et de rejoindreMenou vers Alexandrie, ou bien de se retirer à Damiette , ce qui étaitplus sûr, plus facile, surtout à cause de la multitude qu’on était obligéde traîner après soi. On devait se trouver là, au milieu de lagunes quine communiquaient avec le Delta que par des langues de terre fortétroites, et que7,000 soldats de l’armée d'Égvpte suffisaient à défendrebien longtemps contre un ennemi deux ou trois fois supérieur. Onétait assuré de vivre dans une grande abondance de toutes choses, carla province était couverte de bestiaux, la ville de Damiette regorgeaitde grains, et le lac Menzaleh abondait en poissons les meilleurs, lesplus propres à la nourriture des troupes. Puisqu’il ne s’agissait plusque de capituler, Damiette permettait de retarder de six mois au moinsce triste résultat. L’officier du génie d’Hautpoul proposa cette sage ré-