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LIVRE XIV.

d'un maître absolu de l'arrêter aux imites fixées par sa volonté. Maisun tel corps est pour le despotisme éclairé, quand il veut être éclairé,la meilleure des institutions.

Le conseil d’Etat, composé de tous les hommes de la révolution, etde quelques-uns de ceux qui avaient surgi plus récemment, offrait dansson ensemble les diverses nuances de l’opinion publique, et peu af-faiblies, car si, d une part, MM. Portalis, Rœderer, Regnaud de Saint-JeaiwI'Angély, Devaines, y représentaient vivement le parti de laréaction monarchique, MM. Thibaudeau, Berlier, Truguet, Emmery,Bérenger y représentaient le parti fidèle à la révolution jusqu'à dé-fendre quelquefois ses préjugés. Mais là, dans le buis clos du conseild'Etat, les discussions étaient sincères et profondément utiles.

Le projet de la Légion d'honneur fut fortement attaqué. Ici, commedans l'affaire du concordat, le premier consul devançait peut-être lemouvement des esprits. Cette génération, qui bientôt fut au pied desautels, qui bientôt se couvrit de décorations avec un empressementpuéril, résistait encore, dans le moment, au rétablissement des culteset à 1 institution de la Légion d'honneur.

On trouvait même au conseil d’Etat, que l'institution de la Légiondhonneur blessait l’égalité, quelle recommençait l’aristocratie dé-truite, qu elle était un retour trop avoué à l'ancien régime. L’objet siélevé, si positif, ’ . par le serment, c'est-à-dire le maintien desprincipes de la révolution, ne touchait que médiocrement les oppo-sants. Ils demandaient si les obligations contenues dans ce serinentn étaient pas communes à tous les citoyens, si tous ne devaient pasconcourir à défendre le territoire, les principes de l égalité, les biensnationaux, etc. ; si particulariser cette obligation pour les uns, ce n'é-tait pas la rendre moins stricte pour les autres. On demandait si cettelégion n'avait pas un but trop exceptionnel, comme, par exemple, dedéfendre un pouvoir auquel elle serait attachée par le lien des bien-faits. D’autres, alléguant la constitution, objectaient quelle n’avaitparlé que d’un système de récompenses militaires. Ils ajoutaient quel’institution se comprendrait mieux, soulèverait moins d’objections, sielle avait pour but de récompenser exclusivement les actions de guerre :que les actions de ce genre étaient si positives, si facilement appré-ciables, si généralement récompensées en tout pays, que personne netrouverait à redire si on se bornait à cet objet clair et limité.

Le premier consul répondit à toutes ces objections avec la dialectique