COHSl’LAT A VIE.
307
esprit supérieur, mais chagrin , impuissant, réduit désormais à médirede toutes choses dans la terre de Crosne, prix vulgaire de scs grandsservices. M. Cambacérès , au contraire, était devenu le directeur secretdu sénat. Dans la conjoncture actuelle, le général Bonaparte ne pouvantpas se proclamer lui-même consul à vie ou empereur, ayant besoinqu'un corps quelconque prît l’initiative, c’était évidemment le sénat,et dans le sénat, l'homme qui le dirigeait, auquel appartenait la plusgrande importance.
M. Cambacérès , quoique dévoué au premier consul, ne voyait pastoutefois sans quelque déplaisir un changement qui tendait à le placerà une distance encore plus grande de son illustre collègue. Sachantnéanmoins que les choses n'en resteraient pas où elles étaient, qu’onperdrait sa peine à faire obstacle aux désirs du général Bonaparte , etque d'ailleurs, dans leurs limites actuelles, ces désirs étaient légitimes,M. Cambacérès résolut de s’entremettre spontanément, pour faireaboutir à un résultat raisonnable toute celte agitation intérieure, etpour donner au gouvernement une forme stable, qui satisfit 1 ambitiondu premier consul, sans trop effacer les formes républicaines, chèresencore à beaucoup d’esprits.
Tandis qu’on s'entretenait vivement à ce sujet autour du premierconsul, lui se bornant à écouter, affectant même de garder le silence,M. Cambacérès mit tin à cet état de contrainte en parlant le premier àson collègue de ce qui se passait . Il ne lui dissimula pas le danger dela précipitation dans une affaire de cette nature, et l’avantage qu il yaurait à conserver une forme modeste, et toute républicaine , à unpouvoir aussi réel, aussi grand que le sien. Toutefois, lui offrant, euson propre nom et au nom du troisième consul Lebrun, un dévouementsans réserve, il lui déclara qu’ils étaient prêts l’un et l’autre à faire cequ'il voudrait, et à lui épargner l’embarras d'intervenir de sa personnedans une circonstance où il devait paraître recevoir, et non pas prendre,le titre qu’il s’agissait de lui donner. Le premier consul, lui exprimantsa gratitude d’une pareille ouverture, convint du danger qu il y auraità faire trop et trop vite, déclara qu’il ne formait aucun désir, quilétait content de sa position actuelle, qu’il n’était pas pressé de lachanger, et ne ferait rien pour en sortir; que cependant la constitu-tion du pouvoir était, à son avis, précaire, et ne présentait pas uncaractère suffisant de solidité et de durée; que, dans son opinion, il yavait quelques changements à introduire dans la forme du gouverne-