CONH I.AT A VIE. 3 U
I État. Le conseil d'Etat avait nommé pour cette charge Joseph Bona-parte ; le tribunal, Lucien. Une disposition du sénatus-consulte portaitque les membres du grand conseil de la Légion d’honneur seraient dedroit sénateurs. Les deux frères de Napoléon étaient donc personnagesprincipaux dans la belle institution chargée de distribuer toutes lesrécompenses, et de plus membres du sénat, appelés naturellement àexercer dans ce corps une grande influence. Joseph, modéré dans sesvœux , semblait ne plus rien désirer. Lucien n était satisfait qu’àmoitié: il n'était pas dans sa nature de l’être davantage. Le premierconsul, en faisant ses collègues Cambacérès et Lebrun consuls à vie ,avait voulu avoir autour de lui des collègues heureux de sa propre élé-vation. Il y avait réussi. Un seul personnage du temps sortait assezmaltraité de cette crise, si favorable à la grandeur de tout le monde ;c otait M. Fouché, ministre de la police. Soit que son avis personnel àI égard des projets de la famille Bonaparte eût percé, soit que les effortstentés pour le desservir auprès du maître eussent réussi, ou, ce qui estplus probable , que le premier consul voulût ajouter à tous ses actesrécents de clémence et de conciliation, une mesure qui eût encore plusque les autres le caractère de la confiance et de l’oubli, le ministère dela police fut supprimé.
Ce ministère, comme nous l’avons dit ailleurs, avait alors une im-portance qu’il n’aura jamais dans un régime régulier, grâce aupouvoir arbitraire dont le gouvernement était investi, grâce aux fondsdont il disposait sanscontrôle. Emigrés rentrés ou rentrants, Vendéens,républicains, prêtres non ralliés, il avait à surveiller tous ces agentsde troubles, et le faisait sans faiblesse. Aussi ce ministère , quoiqueexercé avec tact, et beaucoup d’indulgence, par M. Fouché, était-ildevenu odieux aux partis qu’il contenait. Le premier consul le sup-prima , et se contenta de faire de la police une simple direction géné-rale, attachée au ministère de la justice . Le conseiller d’Etat Réal futchargé de cette direction. L’administration de la justice fut enlevée àM. Abrial, homme sage, appliqué à ses devoirs, mais dont le travaillent et pénible était peu agréable au premier consul. Elle fut donné àM. Régnier, depuis duc de Massa, magistrat instruit, disert, ayantinspiré de la confiance cl du goût au chef qui disposait de toutes lesexistences. M. Régnier recul avec l'administration de la justice le titrede grand juge, titre nouvellement créé par le sénatus-consulte orga-nique. La nature de son esprit le rendait peu propre à dirige;*