Band 
[3. - 4.]
Seite
10
JPEG-Download
 
  

10

LIVRE XV.

un agent, et à l’envoyer à Londres , afin de chercher, de concert avecles ministres anglais , quelle serait la manière d’ajuster les intérêts desdeux peuples, sans sacrifier l’industrie française.

Mais c’était là un problème difficile à résoudre. L’empressement del’opinion publique était tel à Londres pour tout ce qui concernait cesarrangements commerciaux, qu’on fit grand bruit de l’arrivée del’agent français. Il se nommait Coquebert ; on l’appela Colbert ; ondit qu’il descendait du grand Colbert, et on loua fort la convenance d’untel choix, pour la conclusion d’un traité de commerce.

Malgré la bonne volonté et la capacité de cet agent, un résultatheureux de ses efforts n’était guère à espérer. De part et d'autre lessacrifices à faire étaient grands, et presque sans compensation. Letravail du fer et le travail du coton constituent aujourd’hui les plusriches industries de la France et de l’Angleterre, et sont le principalobjet de leur rivalité commerciale. Nous avons réussi, nous Français ,à forger le fer, à filer et tisser le coton, en immense quantité, à très-bas prix, et naturellement nous sommes peu disposés à sacrifier cesdeux industries. Le travail du fer n’était pas alors très-considérable.C’était surtout dans le tissage du coton et dans les ouvrages de quin-caillerie que les deux nations cherchaient à rivaliser. Les Anglais de-mandaient qu’on ouvrît nos marchés à leurs cotons et à leur quincail-lerie. Le premier consul, sensible aux alarmes de nos fabricants,impatient de développer en France la richesse manufacturière, serefusait à toute concession qui aurait pu contrarier ses intentionspatriotiques. Les Anglais , de leur côté, n’étaient pas alors plus qu’au-jourd hui portés à favoriser nos produits spéciaux. Les vins, les soieriesétaient les objets que nous aurions voulu introduire chez eux. Ils s’yrefusaient par deux raisons : l’obligation contractée envers le Portugal de ménager une préférence à ses vins, et le désir de protéger les soieries,qui avaient commencé à se développer en Angleterre. Tandis que l’in-terdiction des communications nous avait valu la manufacture ducoton, elle leur avait valu en retour la manufacture de la soie. Il estvrai que le développement de l'industrie du coton était immense cheznous, parce que rien ne nous empêchait d’y réussir complètement, etque l’industrie de la soie, au contraire, ne prospérait que médiocre-ment en Angleterre, par suite du climat, et par suite aussi d’une cer-taine infériorité de goût. Néanmoins les Anglais ne voulaient noussacrifier ni le traité de Methuen, qui les liait au Portugal , ni leurs