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LIVRE XV.

ardente au contraire pour le maintien de la noblesse immédiate, quelleaffectionnait d’une manière particulière. Cependant elle voulait engénéral la conservation de tout ce qui pouvait être conservé.

De notre point de vue moderne, rien ne doit paraître plus naturel,plus légitime, que la réunion de toutes ces parcelles de territoire,villes ou seigneuries immédiates, au corps de chaque État. Cela sansdoute eût mieux valu, si, comme en France , en 1789, on avait rem-placé en Allemagne ces libertés locales par une liberté générale,garantissant à la fois toutes les existences et tous les droits. Mais cesincorporations allaient accroître le pouvoir absolu des rois de Prusse,des électeurs de Bavière , des ducs de Wurtemberg. A cette condition,il était permis de les voir avec quelque regret.

Il y a, dans l'histoire des monarchies européennes, deux révolutionsfort différentes par leur objet et par leur date : la première, au moyende laquelle la royauté conquiert sur la féodalité les petites souveraine-tés locales, absorbant ainsi beaucoup d’existences particulières pourformer un seul État ; la seconde , au moyen de laquelle la royauté,après avoir formé cet État unique, est obligée de compter avec lanation, d’accorder une liberté générale, uniforme, régulière, bien pré-férable assurément aux libertés particulières de la féodalité. La France ,en 1789, après avoir achevé celte première révolution, entreprenait laseconde. L’Allemagne , en 1803, en était encore à la première, et ellene l’a pas même achevée aujourd’hui. L’Autriche , sans aucune autrevue que de conserver son influence dans l’èmpire, défendait la vieilleconstitution germanique, et avec elle les libertés féodales de l’Alle-magne . La Prusse, au contraire, avide d’incorporations, voulantabsorber les villes libres et la noblesse immédiate , devenait novatricepar ambition, et tendait à donner à l’Allemagne les formes de la sociétémoderne, c'est-à-dire à commencer , sans le vouloir , sans le savoir,l’œuvre de la révolution française dans le vieil empire germanique.

Si les vues constitutionnelles de ces deux puissances étaient diverses,leurs prétentions territoriales ne l’étaient pas moins.

L’Autriche voulait faire indemniser largement ses deux archiducs,et sur ce prétexte étendre et améliorer la frontière de ses propres États.Elle s’occupait peu de ce duc de Modène, doté depuis longtemps, parles traités de Campo-Formio et de Lunéville , du Brisgau (petite pro-vince du pays de Baden ) dont il se souciait médiocrement, aimantmieux jouir tranquillement à Venise de ses immenses richesses, accu-