LIVRE XVI.
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les maires lui offrant les clefs (le leurs villes, et lui adressant, tant àlui qu’à madame Bonaparte, les discours qu’on adressait jadis aux roiset aux reines de France . Il était ravi de cet accueil, et surtout de laprospérité naissante qu'il remarquait de toute part. La ville d’Elbœufle charma par les accroissements qu’elle avait reçus. « Elbœuf, écri-» vait-il à son collègue Cambacérès , est accrue d'un tiers depuis la» révolution. Ce n’est plus qu'une seule manufacture. » Le Havre lefrappa singulièrement, et il devina les grandes destinées commercialesauxquelles ce port était appelé. « Je ne trouve partout, écrivait-il encore» au consul Cambacérès, que le meilleur esprit. La Normandie n’est» pas telle que Lebrun me l’avait présentée. Elle est franchement» dévouée au gouvernement. Je retrouve ici l'unanimité de sentiments» qui rendit si beaux les jours de 1789. » Ce qu’il disait était vrai.La Normandie était parfaitement choisie pour lui exprimer les senti-ments de la France . Elle représentait bien cette population honnête etsincère (1e 1789, d’abord enthousiaste de la révolution, puis effrayéede ses excès, accusée de royalisme par des proconsuls dont elle condam-nait les fureurs, et enchantée maintenant de retrouver, (l'une manièreinespérée, l'ordre, la justice, légalité, la gloire, moins, il est vrai, laliberté, dont malheureusement elle ne se souciait plus.
Le premier consul était, au milieu de novembre, de retour à Saint-Cloud .
Qu'on imagine un envieux assistant aux succès d'un rival redouté,et on aura une idée à peu près exacte des sentiments qu’éprouvait l’An-gleterre au spectacle des prospérités de la France . Cette puissante etillustre nation avait cependant dans sa propre grandeur de quoi se con-soler de la grandeur d'autrui ! Mais une singulière jalousie la dévorait.Tant que les succès du général Bonaparte avaient été un argumentcontre le ministère de M. Pitt, ils avaient été accueillis en Angleterreavec une sorte d'applaudissement. Mais depuis que ces succès, con-tinués et accrus, étaient ceux de la France elle-même ; depuis qu’onl'avait vue grandir par la paix autant que par la guerre, par la poli-tique autant que par les armes ; depuis qu'on avait vu, en dix-huitmois, la république italienne devenir, sous la présidence du généralBonaparte, une province française, le Piémont ajouté à notre territoire "avec l'agrément du continent, Parme, la Louisiane , accroissant nospossessions par la simple exécution des traités, l’Allemagne enfin re-constituée par notre seule influence; depuis qu’on avait vu tout cela