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LIVRE XVI.

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nement bernois invoquait formellement la protection de l’Angleterre.

Le courrier deM. Mcrry arrivait à lord Havvkesbury, en même tempsque les journaux de France à Londres . Sur-le-champ il n’y eut enAngleterre qu’un cri en faveur de ce brave peuple de l’Helvétie, quidéfendait, disait-on, sa religion, sa liberté, contre un barbare oppres-seur. Cette émotion, que nous avons vue de nos jours se communiquerà toute l'Europe , en faveur des Grecs massacrés parles Turcs, on feignitde l’éprouver en Angleterre pour les oligarques bernois, excitant demalheureux paysans à s’armer pour la cause de leurs privilèges. Onaffecta un grand zèle, on ouvrit des souscriptions. Cependant l’émotionétait trop factice pour être générale ; elle ne descendit pas au-dessousde ces classes élevées, qui ordinairement s’agitent seules pour les affairesjournalières de la politique. MM. Grenville, Windhain et Dundas firentdes tournées pour échauffer les esprits, et accusèrent avec une nou-velle véhémence ce qu’ils appelaient la faiblesse de M. Addington. Leparlement venait d clre renouvelé, et allait se réunir à la suite d’uneélection générale. Le cabinet anglais , entre le parti Pitt qui se détachaitvisiblement de lui, et le parti Fox qui, bien qu’adouci depuis lapaix, n’avait pas cessé d’être opposant, ne savait trop sur qui s'appuyer.Il craignait fort les premières séances du nouveau parlement, et il crutdevoir faire quelques démarches diplomatiques qui lui servissent d’ar-guments contre ses adversaires.

La première démarche imaginée fut de transmettre une note à Paris ,pour réclamer en faveur de l’indépendance de la Suisse , et protestercontre toute intervention matérielle delà part de la France . Ce n’étaitpas une manière d’arrêter le premier consul, et c’était tout simplements’exposer à un échange de communications désagréables. Mais le ca-binet Addington ne s’en tint pas là. Il envoya sur les lieux un agent,M. Moore, avec mission de voir et d’entendre les chefs des insurgés,de juger s’il étaient bien résolus à se défendre, et de leur offrir, dansce cas, les secours pécuniaires de l’Angleterre. II avait ordre d acheterdes armes en Allemagne pour les leur faire parvenir. Cette démarche,il faut le reconnaître, n’était ni loyale ni facile à justifier. Des communi-cations plus sérieuses encore furent adressées à la cour d’Autriche , pourranimer sa vieille aversion contre la France , irriter chez elle le ressen-timent récent des affaires germaniques, et l’alarmer surtout pour la fron-tière des Alpes . On alla jusqu’à lui offrir un subside de cent millionsdeflorins (225,000,000 de francs), si elle voulait prendre faitet cause pour