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LIVRE XVI.

mées à Paris , devaient aller dans chaque canton, y porter la constitu-tion cantonale, et y choisir les individus appelés à faire partie des nou-velles autorités. Il eut soin de placer dans chacune, et de manière às'y balancer à force égale, les révolutionnaires et les oligarques. Ayantenfin à choisir le landamman de toute la confédération helvétique,celui qui devait être le premier à exercer cette charge, il choisit har-diment le personnage le plus distingué, mais le plus modéré du partioligarchique, M. d’Affry.

M. d’Affry était un homme sage et ferme, voué à la profession desarmes, attaché jadis au service de France, et citoyen du canton deFribourg , alors le moins agité des cantons de la confédération. En de-venant landamman, M. d’Affry élevait son canton à la qualité de cantondirecteur. Un homme d’autrefois, raisonnable, militaire, attaché d'ha-bitude à la France , membre d'un canton tranquille, c’étaient là auxyeux du premier consul des raisons décisives, et il nomma M. d’Affry.D’ailleurs, après avoir bravé l'Europe en intervenant, il fallait ne pasmultiplier pour elle les impressions pénibles, en installant en Suisse ladémagogie et scs chefs turbulents. Il ne fallait ni faire cela, ni s’attri-buer la présidence de la république helvétique, comme on s’était attri-bué celle de la république italienne. Rasseoir la Suisse en la réformantsagement; l’arracher aux ennemis de la France en la laissant indépen-dante et neutre, tel était le problème à résoudre. Il fut résolu coura-geusement, prudemment, en quelques jours.

Quand ce bel ouvrage, qui, sous le titre d’Acte de médiation, a pro-curé à la Suisse la plus longue période de repos et de bon gouvernementdont elle ait joui depuis cinquante ans, quand ce bel ouvrage futachevé, le premier consul appela les députés réunis à Paris , le leurremit en présence des quatre sénateurs qui avaient présidé à tout letravail, leur fit une courte et forte allocution, leur recommanda l’union,la modération, l’impartialité, la conduite en un mot qu’il tenait lui-même en France , et les renvoya dans leur patrie remplacer le gouver-nement provisoire et impuissant Au landamman Doldcr.

Il y eut en Suisse de l’étonnement, des passions déçues et mécon-tentes, mais dans les masses, uniquement sensibles au bien véritable,de la soumission et de la reconnaissance. Ge sentiment se fit remarquersurtout dans les petits cantons, qui, bien que vaincus, n’étaient pastraités comme tels. Fin effet, M. Reding et les siens venaient d’êtreimmédiatement élargis. En Fiurope, il y eut autant de surprise que