LIVRE XVII.
258
En portant la flotte de guerre à 1,200 ou 1,300 bâtiments, la flot-tille de transport à 900 ou 1,000, c’étaient 2,200 ou 2,300 bâti-ments à réunir, rassemblement naval prodigieux, sans exemple dansle passé et probablement aussi dans l’avenir.
On doit comprendre maintenant comment il eût été impossible deconstruire sur un ou deux points de la côte cette immense quantité debâtiments. Si petite que fût leur dimension, jamais on n’aurait pu seprocurer dans un seul lieu les matières, les ouvriers, les chantiers néces-saires à leur construction. Il avait donc été indispensable de faire con-courir au même objet tous les ports et lousjes bassins des rivières. C’étaitbien assez de réserver aux ports de la Manche, dans lesquels on devaitles réunir, le soin d’aménager et d’enlreteuir ces deux mille bâtiments.
Mais après les avoir construits fort loin les uns desmille b il fallaitles rassembler eu un seul point, de Boulogne à Dunkerque , à traversles croisières anglaises, résolues à les détruire avant qu’ils lussent réunis.Il fallait ensuite les recevoir dans trois ou quatre ports, placés autantque possible sous le même vent, à une très-petite distance, afin d’ap-pareiller et de partir ensemble. Il fallait enfin les loger sans encom-brement , sans confusion, à l’abri du danger du feu, à la portée destroupes, de manière qu’ils pussent sortir et rentrer souvent, apprendreà charger et à décharger rapidement hommes, canons et chevaux.
Toutes ces difficultés ne pouvaient être résolues que sur les lieuxmêmes, par Napoléon , voyant les choses de ses propres yeux, et entourédes officiers les plus habiles et les plus spéciaux. Il avait appelé à Bou-logne M. Sganzin, ingénieur de la marine, et l’un des premiers sujetsde ce corps distingué; M. Forfait, ministre de la marine pendantquelques mois, médiocre en fait d’administration, mais supérieur dansl'art des constructions navales, plein d’invention, et dévoué à une en-treprise dont il avait été, sous le directoire, l’un des plus ardents pro-moteurs; enfin le ministre Decrès et l’amiral Bruix , deux hommesdont il a été parlé déjà, et qui méritent qu’on les fasse connaître iciavec plus de détail.
Le premier consul aurait voulu posséder un peu moins de bons gé-néraux dans ses armées de terre, et un peu plus dans ses armées demer. Mais la guerre et la victoire forment seules les bons généraux.La guerre ne nous avait pas manqué sur mer depuis douze ans; mal-heureusement notre marine, désorganisée par l’émigration, s étanttrouvée tout de suite inférieure à celle des Anglais , avait été presque