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LIVRE XVII.

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pour n’être pas rivaux, dès lors ennemis : dcjplus, leur nature étaitincompatible. Déclarer les difficultés invincibles,critiquer les tentativesqu’on faisait pour les vaincre, tel était l’amiral Decrès . Les voir, lesétudier, chercher à en triompher, tel était l’amiral Bruix . Il faut ajouterqu’ils se défiaient l’un de l’autre : ils craignaient sans cesse, l’amiralDecrès qu’on ne dénonçât au premier consul les inconvénients de soninaction, l'amiral Bruix ceux de sa vie déréglée. Ces deux hommes,sous un maître faible, auraient troublé la flotte par leurs divisions;sous un maître comme le premier consul, ils étaient utiles par leurdiversité même. Bruix proposait des combinaisons, Decrès les criti-quait; le premier consul prononçait avec une sûreté de jugement in-faillible.

C’est au milieu de ces hommes, et sur les lieux, que Napoléon décidatoutes les questions laissées en suspens. Son arrivée à Boulogne étaiturgente, car, malgré l’énergie et la fréquence de ses ordres, beaucoupde choses restaient en arrière. On ne construisait pas à Boulogne, àCalais, à Dunkerque , mais on réparait l’ancienne flottille, et on sepréparait à exécuter les aménagements jugés nécessaires, sur les deuxmille bâtiments construits ou achetés, quand ils seraient réunis. Onmanquait d’ouvriers, de bois, de fer, de chanvre, d'artillerie à grandeportée pour éloigner les Anglais , très-occupés à lancer des projectilesincendiaires.

ta présence du premier consul, entouré de MM. Sganzin, Forfait,Bruix, Decrès , et d'une quantité d’autres officiers, imprima bientôt àson entreprise une activité nouvelle. Il avait déjà employé à Paris unemesure, qu’il voulut appliquer à Boulogne et partout où il passa. Il fitprendre dans la conscription cinq à six mille hommes, appartenant àtoutes les professions consacrées au travail du bois ou du fer, telles quemenuisiers, charpentiers,scieurs de long, charrons,serruriers,forgerons.Des maîtres, choisis parmi les ouvriers de la marine, les dirigeaient.Une haute paye était accordée à ceux qui montraient de l’intelligenceet de la bonne volonté ; et en peu de temps les chantiers furent couvertsd’une population d’ouvriers constructeurs, dont il eût été difficile dedeviner la profession originelle.

Les forêts abondaient autour de Boulogne. Un ordre avait livré à lamarine toutes celles des environs. Les bois, employés le jour même oùon les abattait, étaient verts, mais bons à servir de pieux, et il en fallaitdes milliers dans les ports de la Manche. On pouvait en tirer aussi des