LIVRE XVII.
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nés vers l'Océan. Plusieurs de ces corps furent placés à Saintes , toutà fait à portée de l’escadre de Rochefort. Les autres curent ordre de serendre en Bretagne , pour être embarqués sur la grande escadre deBrest . Augereau commandait le camp formé dans cette province. Leprojet du premier consul se mûrissant peu à peu dans sa tête, il luisemblait que, pour troubler davantage le gouvernement anglais , ilfallait l’attaquer sur plusieurs points à la fois, et qu’une partie des150,000 hommes destinés à l’invasion devait être jetée en Irlande .C’était le but des préparatifs ordonnés à Brest. Le ministre Decrès s’étaitabouché avec les Irlandais fugitifs, qui avaient déjà cherché à détacherleur patrie de l'Angleterre. Ils promettaient un soulèvement généraldans le cas où l’on débarquerait 18,000 hommes, avec un matérielcomplet, et une grande quantité d’armes. Ils demandaient que, pourprix de leurs efforts, la France ne fit pas la paix sans exiger l'indépen-dance de l’Irlande . Le premier consul y consentait, à condition qu’uncorps dc20,000 Irlandais au moins aurait joint l’armée française , et com-battu avec elle pendant la durée de l’expédition. Les Irlandais étaientconfiants et féconds en promesses, comme le sont tous les émigrés;cependant il y en avait parmi eux qui ne donnaient pas de grandesespérances, qui ne promettaient même aucun secours effectif de la partde la population. Toutefois, d’après ces derniers, on devait la trouverau moins bienveillante, et c’était assez pour prêter appui à notre armée,pour causer de graves embarras à l’Angleterre, et pour paralyser peut-être quarante ou cinquante mille de ses soldats. L’expédition d'Irlande avait encore l'avantage de tenir l’ennemi incertain sur le vrai point d’at-taque. Sans celte expédition, en effet, l’Angleterre n’aurait cru qu’à unseul projet, celui de traverser le détroit pour diriger une armée surLondres. Au contraire, avec les préparatifs de Brest , beaucoup de gensimaginaient que ce qui se faisait à Boulogne était une feinte, et quele projet véritable consistait en une grande expédition sur l’Irlande .Les doutes inspirés à cet égard étaient un premier résultat fort utile.
La flotte en relâche au Fcrrol se trouvait enfin introduite dans lesbassins, mise en réparation, et pourvue des rafraîchissements dont leséquipages avaient un pressant besoin. Celle de Toulon se préparait.On commençait en Hollande à équiper l’escadre de haut bord, et à réu-nir la masse de chaloupes nécessaires pour former la flottille batave.Mais c’est à Boulogne principalement que tout marchait, avec une ar-deur et une rapidité merveilleuses.