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LIVRE XVII.

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à la marée haute, et découvrait à la marée basse. Il en coûta beaucoupde peine pour assurer les plates-formes sur lesquelles reposaient lespièces, pour prévenir les ensablements etlesalfouillements. On y réussitnéanmoins, et à l’heure de la marée descendante, qui était celle du tra-vail, lorsque les Anglais s’avancaient pour le troubler, ils étaient ac-cueillis par des décharges d’artillerie, partant à l’improviste de la lignede basse-mer ; de façon que les feux s’avancaient, en quelque sorte, oureculaient avec la mer elle-mcme. Ces batteries ne furent employéesque pendant le temps de la construction des forts; elles devinrentinutiles dès que les forts furent achevés *.

Le fort en bois fut terminé le premier, grâce à la nature de la con-struction. On établit de solides plates-formes sur la tête des pieux, età quelques pieds au-dessus des plus hautes eaux. On arma cet ouvragede dix pièces de gros calibre, et de plusieurs mortiers à grande portée,et dès qu’il commença de tirer, les Anglais ne reparurent plus à l’en-trée du port. Tout le haut des falaises fut armé avec du 24, du 3G etdes mortiers. Environ 500 bouches à feu furent mises en batterie, etla côte, devenue inabordable, reçut des Anglais et des Français le nomde Cote de fer. Dans cet intervalle, on achevait les forts en maçonnerie,sans autre obstacle que celui de la mer. A rentrée de l'hiver surtout,les vagues deviennent quelquefois si furieuses sous l’impulsion des ventsde la Manche, qu elles ébranlent et inondent les ouvrages les plus so-lides et les plus élevés. Deux fois elles enlevèrent des assises entières,et précipitèrent les plus gros blocs du haut des murailles commencées,dans le fond de la mer. On continua cependant ces deux importantesconstructions, indispensables à la sûreté du mouillage.

Pendant ces travaux, les troupes, rapprochées des côtes, avaientconstruit leurs baraques, et tracé leurs camps à l’image de véritablescités militaires, divisées en quartiers, traversées par de longues rues.Celte besogne terminée, elles s’étaient réparties autour du bassin deBoulogne. On leur avait partagé la tâche, et chaque régiment devaitenlever une portion déterminée de celle énorme couche de sable et delimon "qui remplissait le bas-fond de la Liane. Les uns creusaient le litmême de la Liane, ou le bassin demi-circulaire ; les autres enfonçaientles pieux destinés à former des quais. Les ports de Wimcreux et d’Am-bleteuse, dont l’exécution avait été reconnue possible, étaient déjà en-

1 Tous les détails que nous donnons ici sont extraits des correspondances ori-ginales de l'amiral Bruix et de Napoléon, que nous avons déjà citées.