CONSPIRATION DE GEORGE.
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quelques officiers. Seul, distrait, affectant le calme, il avait fini pars’asseoir devant une table, et il jouait aux échecs avec l'une des damesles plus distinguées de la cour consulaire 1 , laquelle, sachant que leprince était arrivé, tremblait d’épouvante en pensant aux conséquencespossibles de cette fatale journée. Elle n’osait lever les yeux sur lepremier consul, qui, dans sa distraction, murmura plusieurs fois lesvers les plus connus de nos poètes sur la clémence, d’abord ceux queCorneille a mis dans la bouche d’Auguste, et puis ceux que Voltaire amis dans la bouche d’Alzire.
Ce ne pouvait cire là une sanglante ironie; elle eût été trop basse ettrop inutile. Mais cet homme si ferme était agité, et il revenait parfoisà considérer en lui-même la grandeur, la noblesse du pardon accordé àun ennemi vaincu et désarmé. Cette dame crut le prince sauvé; elle enfut remplie de joie. Malheureusement il n’en était rien.
La commission s’était réunie à la hâte, ses membres ignorant pour laplupart de quel accusé il s’agissait 2 . On leur dit que c’était un émigrépoursuivi pour avoir attenté aux lois de la république. On leur appritson nom. Quelques-uns de ces soldats de la .république, enfants quandla monarchie avait croulé, savaient à peine que le nom d’Enghien étaitporté par l’héritier présomptif des Condés. Leur cœur cependantsouffrait d’une telle mission, car depuis plusieurs années on ne con-damnait plus d’émigrés. Le prince fut amené devant eux. Il étaitcalme, même fier, et doutait encore du sort qui l’attendait. Interrogésur son nom, sur ses actes, il répondit avec fermeté, repoussa touteparticipation au complot actuellement poursuivi par la justice, maisavoua, peut-être avec trop d’ostentation, qu’il avait servi contre la France ,et qu’il était sur les bords du Rhin pour servir de nouveau, et de lamême manière. Le président insistant sur ce point avec l'intention delui révéler le danger d’une telle déclaration, faite en de tels termes, ilrépéta ce qu’il avait dit, avec une assurance que le danger ennoblissait,mais qui blessa ces vieux soldats, habitués à verser leur sang pour dé-fendre le sol de leur patrie. Celte impression fut fâcheuse. Le prince
1 Cette dame est madame de Rémusat, et elle a consigné ce récit dans ses Mé-moires, restés manuscrits jusqu’à ce jour, et aussi intéressants que spirituellementécrits.
2 Ils ne pouvaient ignorer le nom de l’accusé, puisqu’il était indiqué dans l’arrêté
du gouverneur de Paris , arrêté dont chaque officier désigné pour faire partie de lacommission ayait nécessairement dû recevoir une copie. (F. W.)