Band 
[3. - 4.]
Seite
373
JPEG-Download
 

CONSPIRATION DE GEORGE.

373

désir de renvoyer la sentence à la clémence du premier consul, etsurtout de lui présenter le prince, qui demandait à le voir. Mais lesordres du matin, qui portaient de tout finir dans la nuit, étaientprécis. M. Réal seul pouvait, en arrivant, en interrogeant le prince,obtenir un sursis. M. Réal ne parut point. La nuit s’était écoulée, lejour approchait. On conduisit le prince dans un fossé du château, etlà il reçut, avec une fermeté digne de sa naissance, le feu des soldatsde la république, qu’il avait combattus tant de fois du milieu desrangs autrichiens *. Tristes représailles de la guerre civile! Il fut en-seveli sur la place même où il était tombé.

taine rapporteur, après en avoir uonné lecture, en présence des différents détache-ments des corps de ta garnison, au condamné.

» Fait, clos et jugé sans désemparer, à Yinccnncs, les jours, mois et an quedessus et avons signé :

P. Hullin, Bazancourt, Kabbe, Barois. Dautancourt, rapporteur :

Guiton, Ravier.

Ce jugement ne fut point rendu public. Craignant que le peuple ne criât contrela brièveté de son arrêt, la commission dressa, le lendemain de l’exécution, unjugement beaucoup plus détaillé, modifié, et dans lequel étaient succinctementrappelés tous les aveux du jeune prince. C’est ce dernier jugement qui a été publiépar le Moniteur. (F. W.)

1 Qu’il me soit permis d'ajouter quelques mots au récit de M. Thiers , d’expliquerquelques circonstances que l'on doit regretter que l’auteur n’ait pas jugé nécessairede réfuter ; on doit le regretter d’autant plus que son silence semble ainsi accré-diter les mille absurdités que l’on a débitées sur la triste fin du dernier des Condé.

Bien des choses ont été dites et écrites sur cette sanglante catastrophe. Nul évé-nement ne fut exploité davantage par l’esprit de parti. On a répété que le jugementse passa sans témoins, mystérieusement, qu’on plaça une lanterne sur la poitrinedu prince pour ne point le manquer, qu’on lui refusa les consolations d’un prêtre,qu’on le traita avec une dureté révoltante , que Bonaparte, consulté sur l'arrêtde mort prononcé par la commission et sur la demande que le duc avait faite, parécrit, au bas de son interrogatoire, d’une audience particulière, répondit aveccolère que le jugement devait s’exécuter sans retard ; qu’il repoussa rudementJoséphine qui était venue se jeter tout en larmes à ses pieds pourimplorcr la grâcedu noble condamné, etc. Tout cela est faux, tout cela a été inventé pour rendre lafin du dernier des Condé plus intéressante aux yeux de la masse. L’interrogatoirefut public , autant que cela pouvait être au milieu de la nuit ; plusieurs personnesde Yincennes y furent présentes. On n’éclaira point la poitrine du prince, cela eûtété d’autant plus atroce que cela était complètement inutile ; l’exécution eut lieudix minutes avant six heures, et à la fin de mars le soleil se lève avant la sixièmeheure du jour. On ne lui refusa point un prêtre, mais il n’y en avaitpas au château,et la précipitation que l’on mit dans l’exécution de la sentence ne permit point d’enchercher un hors du fort. On ne le traita point avec une rudesse révoltante; lacommission, composée de gens de cœur et d’honneur, n’était pas capable d'unepareille lâcheté. Le premier consul n’a pu refuser l’audience que le duc lui deman-

17 .