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LIVRE XXV.

fautes et de scs malheurs, pour qu’on n’ajoutât pas l’outrage à l’infor-tune ! Ces bulletins, où éclatait avec trop peu de retenue la licencedu soldat vainqueur, valurent à Napoléon plus d’un blâme, au milieudes cris d’admiration que ses triomphes arrachaient à ses ennemis eux-mêmes.

Dans son irritation contre le parti prussien, promoteur de la guerre,il reçut sévèrement les envoyés du duc de Brunswick, qui avait étémortellement blessé à la bataille d’Aucrstædt, et qui, avant d’expirer,recommandait au vainqueur sa famille et ses sujets. « Qu’auraità dire, » leur répondit Napoléon , « qu’aurait à dire celui qui vousenvoie, si je faisais subir à la ville de Brunswick la subversion dont ilmenaçait, il y a quinze ans, la capitale du grand peuple auquel jecommande? Le duc de Brunswick avait désavoué le manifeste insenséde 1792; on aurait pu croire qu’avec l’âge la raison commençait àl’emporter chez lui sur les passions, et cependant il est venu prêter denouveau l’autorité de son nom aux folies d’une jeunesse étourdie, quia perdu la Prusse ! C’était à lui qu’il appartenait de remettre à leurplace femmes, courtisans, jeunes officiers, et d’imposer à tout lemonde l’autorité de son âge, de ses lumières et de sa position. Il n’ena pas eu la force; et la monarchie prussienne est abattue, les États deBrunswick sont en mon pouvoir. Dites au duc de Brunswick que j’auraipour lui les égards dus à un général malheureux, justement célèbre,frappé par le fer qui peut nous atteindre tous, mais que je ne sauraisvoir un prince souverain dans un général de l’armée prussienne. »

Ces paroles, publiées par l’ordinaire voie des bulletins, donnaientà comprendre que Napoléon ne voulait pas mieux traiter la souverai-neté du duc de Brunswick que celle de l’électeur de Hesse . Du reste,s’il se montrait dur avec les uns, il se montrait avec les autres bien-veillant et généreux, ayant soin de varier ses traitements suivant laparticipation connue de chacun à la guerre. Ses expressions à l’égarddu vieux maréchal de Mollendorf furent pleines de convenance.Il y avait dans Berlin le prince Ferdinand, frère du grand Frédéric,et père du prince Louis, ainsi que la princesse sa femme. Il s’y trou-vait aussi la veuve du prince Henri et deux sœurs du roi, l’une encouche, l’autre malade. Napoléon alla visiter ces membres de la familleroyale, avec tous les signes d’uu profond respect, et les toucha par cestémoignages venus de si haut, car il n’y avait pas alors de souveraindont les attentions eussent un aussi grand prix que les siennes. Dans la