LIVuE XXVI.
un gué voisin, et on opéra le passage. Le corps d’Augereause trouvaitdonc transporté dans la journée du 24 sur l’autre rive de l’Ukra, ets'avançait en poussant devant lui les détachements des diverses divisionsrusses, laissés à la garde de cette rivière. La réserve de cavalerie, auxordres du général Nansouty, les poursuivait également. On marchaitsur Nowemiasto, dans la direction de l’Ukra à la Narew , de manière àse lier avec le corps du maréchal Davousl. A la gauche du corps d’Au-gereau, le maréchal Soult se disposait à passer l’Ukra vers Sochoczyn.La gauche, sous Ney, Bcrnadotte et Bessières, continuait à s’élever parun mouvement rapide de Thorn sur Biezun et Soldau .
Le 2o au matin, Napoléon dirigea ses colonnes sur Slrezegocin. Letemps était devenu affreux pour une armée qui avait à manœuvrer, etsurtout à exécuter de nombreuses reconnaissances, alin de découvrirles projets de l’ennemi. Un dégel complet, accompagne de neige fon-dante et de pluie, avait tellement détrempé les terres, que dans cer-tains endroits on enfonçait jusqu’aux genoux. Des hommes mêmeavaient été trouvés à moitié ensevelis dans ce sÿ subitement changéen marécage. Il fallait doubler les attelages de l’artillerie pour réussirà traîner quelques pièces. On y gagnait, il est vrai, de capturer à chaquepas le canon et le bagage des Russes , beaucoup de traînards et deblessés, et enfin bon nombre de déserteurs polonais, qui restaient vo-lonlairement en arrière pour se livrer à l’armée française. Mais on yperdait l’avantage inappréciable de la célérité, le concours de l’artil-lerie qu’on ne pouvait plus mener avec soi, et les moyens d’informa-tion qui sont toujours proportionnés à la facilité de communiquer.Qu’on se figure d’immenses plaines, tour à tour couvertes de boue oude forêts épaisses, ordinairement très-mal peuplées, plus mal encoredepuis l’émigration générale des habitants, des armées se cherchantou se fuyant dans ce désert fangeux, et on aura une idée à peine exactedu spectacle que les Français et les Russes offraient en ce moment,dans cette partie de la Pologne .
Napoléon, discernant mal à travers ce pays plat et boisé les mou-vements de l’ennemi, ne pouvant suppléer à ce qu’il ne voyait pas aumoyen de reconnaissances multipliées, était plongé dans l’incertitudela plus embarrassante. 11 lui semblait bien que les colonnes russes enretraite se dirigeaient de sa gauche à sa droite, de l'Ukra vers la Na-revv. Aussi avait-il envoyé Lannes vers Pultusk , et, ayant cru aperce-voir une troupe ennemie qui se portait à la suite de Lannes, il avait