FRIEDLAND ET TILS1T.
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le plus à droite (droite des Russes ), s’enfuit en descendant l’Aile, sousle général Lambert, avec une portion de la cavalerie. L’obscurité dela nuit, le désordre inévitable de la victoire, lui facilitent la retraite,et elle réussit à s’échapper de nos mains.
Il était dix heures et demie du soir. La victoire était complète à lagauche et à la droite. Napoléon, dans sa vaste carrière , n’en avait pasremporté une plus éclatante. Il avait pour trophées 80 bouches à feu,peu de prisonniers à la vérité, car les Russes avaient mieux aimé senoyer que se rendre ; mais 25,000 hommes , tués, blessés ou noyés,couvraient de leurs corps les deux rives de l’Aile. La rive droite, oùbeaucoup d’entre eux s’étaient traînés , présentait un spectacle de car-nage presque aussi affreux que la rive gauche. Plusieurs colonnes defeu, s’élevant de Friedland et des villages voisins, jetaient une sinistrelueur sur ce lieu, théâtre de douleur pour les uns, de joie pour lesautres. Nous n’avions pas à regretter, quant à nous, plus de 7,000 à8,000 hommes morts ou blessés. Sur près de 80,000 Français ,25,000 n’avaient pas tiré un coup de fusil. L’armée russe affaiblie de25,000 combattants, privée en outre d’un grand nombre de soldatségarés, était désormais incapable de tenir la campagne. Napoléon avaitdû ce beau triomphe autant à la conception générale de la campagnequ’au plan même de la bataille. En prenant depuis plusieurs mois laPassarge pour base, en s’assurant ainsi d’avance et dans tous les cas lemoyen de séparer les Russes de Kœnigsberg , en marchant de Guttstadtà Friedland de manière à les déborder constamment; il les avait réduitsà commettre une grave imprudence pour gagner Kœnigsberg , et avaitmérité de la fortune l’heureux hasard de les rencontrer à Friedland,adossés à la rivière de l’Aile. Toujours disposant ses masses avec une rarehabileté, il avait su, tandis qu’il envoyait soixante et quelques millehommes sur Kœnigsberg , en présenter 80,000 à Friedland. Et, commeon vient de le voir, il n’en fallait pas autant pour accabler l’armée russe.
Napoléon coucha sur le champ de bataille, entouré de ses soldats,joyeux cette fois autant qu’à Austerlitz etIéna,criant vive l'empereur!quoique n’ayant à manger qu’un morceau de pain porté dans leur sac,et se contentant de la plus noble des jouissances de la victoire, cellede la gloire. L’armée russe, coupée en deux, descendait l’Aile par unenuit claire et transparente, le désespoir dans l’âme, quoiqu’elle eûtrempli tous ses devoirs. Heureusement pour elle, Napoléon n’avaitsous la main qu’une moitié de sa cavalerie. S’il avait eu l’autre moitié,
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