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LIVRE XXVIII.

affaires quoiqu’il les exposât dans un langage prétentieux, timide, sus-ceptible, se troublant aisément devant Napoléon , qui n’aimait pas leslongues dissertations, mais retrouvant bientôt en lui même l’indépen-dance d’un honnête homme et la fermeté d’un esprit convaincu. Napo-léon traitait quelquefois, avec la liberté de la toute-puissance et dugénie, les théories de M. Mollien, et puis laissait agir cet habileministre, sachant à quel point il était consciencieux, appliqué, et pro-pre surtout à réformer le mécanisme du Trésor, où régnaient encorede vieilles routines protégées par des intérêts opiniâtres.

Lorsque la négociation des valeurs du Trésor fut enlevée à M. Des-prez, représentant de la compagnie des négociants réunis, un comitédes receveurs généraux avait été charge de le remplacer. Ce comitéexista quelque temps, et son service consistait à escompter les obliga-tions et bons à vue , en agissant pour le compte des receveurs généraux.Les fonds dont ce comité se servait lui venaient des receveurs géné-raux eux-mêmes, qui touchaient toujours le monlant des impôts avantl’époque où l’échéance des obligations et bons à vue les forçait à leverser. M. Mollien, frappé de cette remarque que l’argent avec lequelon escomptait les valeurs du Trésor était l’argent du Trésor lui-mème,imagina d’en exiger le versement immédiat, au moyen d’une combi-naison qui, sans priver les comptables des jouissances de fonds dontils profilaient, les amènerait à livrer directement, et sans intermé-diaire , le produit de l’impôt aux caisses du Trésor. Pour y parvenir,il créa une caisse appelée caisse de service , titre emprunté de sonobjet même, h laquelle les receveurs généraux devaient envoyer, àl’instant où ils les recevaient, lous les fonds obtenus des contribuables,moyennant un inlérêt de S pour cent. Cette caisse, afin de s’acquitterenvers eux, devait ensuite, à l’échéance, leur remettre leurs obligationset bons à vue. Pour amener les receveurs généraux à verser les som-mes perçues à cette caisse, il leur adressa une circulaire par laquelleil leur disait que si d’une part ils ne devaient les fonds de l’impôt qu’àl’échéance de leurs obligations , de l’autre ils n’étaient que dépositairesde ces fonds, et n’avaient pas le droit de les employer en spéculationsprivées ; que la caisse de service, instituée pour les recevoir, en seraitle dépositaire le plus naturel et le plus sûr, et leur en payerait unintérêt raisonnable, celui de S pour cent. Il ajouta que leur comptecourant avec cette caisse serait mis tous les mois sous les yeux de l’Em-pereur, que chacun savait attentif, plein de mémoire et de justice.