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L1VKE XXVIII.

par les signes d’intelligence que l’on commençait à apercevoir entre lesdeux empereurs de France et de Russie , se disait que leur alliance, sinaturelle quand la Fiance était aux prises avec l’Anglclerrc sur mer,avec l’Allemagne sur terre, et si redoutable en tout temps pour l’Eu-rope , était peut-être en ce moment tout à fait conclue, et que les pro-vinces du Danube, actuellement occupées par les Russes , seraient selontoute probabilité le prix de la nouvelle union. S’il en était ainsi, lesmalheurs dont elle avait été frappée en ce siècle allaient être aucomble ; car en quinze ans, dépouillée des Pays-Bas, de l’Italie , duTyrol, de la Souabe, rejetée derrière l’Inn , derrière les Alpes Sy-riennes et Juliennes, il ne pouvait apres tant de malheurs lui enarriver qu’un plus grand encore, c’était de voir la Russie établie surle bas du Danube, la couper de la mer Noire , et l’envelopper à l’orient,tandis que la France l’enveloppait à l'occident. Aussi, dans toutes lescours où les représentants de l’Autriche se rencontraient avec lesnôtres, en Espagne, en Italie, eu Allemagne , on les voyait inquiets,soupçonneux, fureteurs, chercher par tous les moyens possibles à sur-prendre le secret de Tilsit, ici le marchander à prix d’argent, là s’ef-forcer de l’obtenir d’un moment d’abandon, et enfin, quand onrefusait de le leur découvrir, le demander avec une ridicule indis-crétion. Et tandis qu'ils cherchaient partout à pénétrer les projets dela nouvelle alliance, sans y avoir réussi, à Constantinople ils les don-naient pour complètement découverts, disaient aux Turcs que laFrance les avait abandonnés, trahis, livrés à la Russie , qu’ils devaienttourner leurs armes contre les Français , continuer les hostilités contreles Russes, et se réconcilier avec les Anglais , qui, ajoutaient-ils, neseraient pas seuls à les soutenir.

La Prusse, accablée par son malheur, s’inquiétant peu des condi-tions secrètes stipulées à Tilsit, se souciant encore, moins de ce quedeviendrait en Orient l’équilibre de l’Europe déjà détruit pour elle enOccident , ne songeait qu’à obtenir l’évacuation de son territoire, et àfaire réduire les contributions de guerre qui lui avaient été imposées ;car, dans l’épuisement où elle se trouvait, toute somme donnée à laFrance était une ressource de moins pour reconstituer son armée etréparer un jour ses revers.

En Russie , le spectacle était tout autre , et on voyait le souverain ,qui avait cherché dans l’alliance française des perspectives de grandeurpropres à le dédommager de ses dernières mésaventures, tenter de