LIVRE XXVIII
présents et notamment par l’envoi de chevaux superbes. L’imprudentMurat de son côté, croyant utile de nouer des relations partout où descouronnes pouvaient venir à vaquer, avait mis de l’empressement à seménager dans la Péninsule un aussi puissant ami que le prince de laPaix. La couronne de Portugal , qui paraissait devoir être bientôtvacante, n’était pas étrangère à ce calcul.
Les menées du prince de la Paix pour changer l’ordre de successibi-lité au trône, si secrètes qu’elles lussent, n’avaient pas laissé que detranspirer à Madrid , et jointes à une accumulation de titres sansexemple, elles avaient donné l’éveil aux esprits. Le prince des Astu-ries , aussi exaspéré qu’alarmé, s’était ouvert de sa situation à quelquesamis, sur lesquels il croyait pouvoir compter. Les principaux étaientson ancien gouverneur, le duc de San Carlos, grand-maître de lamaison du roi, fort honnête personnage, n’ayant d’autre mérite quecelui d’homme de cour ; le duc de l'Ini'antado, l’un des plus grandsseigneurs de l’Espagne , militaire n’exerçant pas son état, ayant del’ambition , peu de talents, des intentions droites, et entouré d’uneconsidération universelle • enfin un ecclésiastique qui avait enseignéau prince le peu que celui-ci savait, le chanoine Escoïquiz, reléguéalors à Tolède , où il était membre du chapitre archiépiscopal. Cedernier était un prêtre bel esprit, fort instruit dans les lettres, très-peu dans la politique, aimant tendrement son élève, en étant fort aimé,désolé de la situation à laquelle il le voyait réduit, résolu à l’en tirerpar tous les moyens, et, quoique très-bien intentionné, sensible ce-pendant à la perspective qui s’ouvrait devant lui d’être un jour l’ami,
son autorité souveraine par laquelle elle pouvait tes juger par soi-même, et lais-sant aux juges la liberté de consulter à S. M. leur sentence. Ils ont tous encourula peine d’être dépouillés de leurs dignités, et les deux les plus inculpés ont méritéla peine capitale ; mais la reine a disposé la volonté du roi à la clémence, et ledernier supplice sera commuté dans une prison perpétuelle, et pour les autres ilsseront déportés hors du royaume. On a eu le soin de ne faire la moindre mentiond’aucun des sujets de S. M. I. et R. par égard à ce qu’elle a fait signifier.
» Il m’est fort sensible de ne pouvoir écrire à V. A. I. dans sa langue, mais jene veux pas me priver de la satisfaction de lui adresser ma lettre originelle aveccette traduction littérale. Il n’est pas possible de transcrire le langage du coeur,mais dans le mien se trouvent empreintes la reconnaissance et l’admiration aveclesquelles aura toujours pour Y. A. I. la plus haute considération.
» Son invariable serviteur,
» Mancel.
» \ San Lerenza, ce 26 décembre 1807. »