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ABANJUEZ.

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connu de tout le monde, et dont il prenait l'engagement de fournir lapreuve, si on voulait le placer en présence de Godoy, et permettre qu’ilappelât des témoins qui tous étaient prêts à révéler d’affreuses vérités.Le courage de ce pauvre piètre, désarmé, n’ayant contre une courtoute-puissante d’autre appui que l’opinion, avait déconcerté les accu-sateurs, et inspiré un intérêt général : car, bien que la procédure fûtsecrète, les détails en étaient connus tous les jours, et se transmet-taient de bouche en bouche avec une rapidité que la passion la plusvive peut seule expliquer, dans un pays sans journaux et presque sansroutes. Les juges commençant à chanceler, on leur avait adjoint unrenfort de magistrats qu’on supposait dévoués, pour rendre la condam-nation plus certaine. Le fiscal don Simon de Viegas s’était conformé àl’ordre qu’il avait reçu de requérir la peine de mort contre les accusés.La cour, circonvenant de toutes les manières les juges sur lesquels elleavait cru pouvoir compter, leur demandait de prononcer la condam-nation requise par le fiscal, non pour la faire exécuter, mais pour don-ner au roi l’occasion d’exercer sa clémence. On ne poursuivait qu’unbut, disait-on : c’était de rendre plus respectable l’autorité royale, enpunis>ant d’un arrêt de mort la pensée seule de lui manquer, et de larendre plus chère aux peuples, en faisant émaner d’elle un grand actede clémence envers les condamnés. C’était, en effet, le projet de lacour d’obtenir une condamnation à mort pour ne point la faire exécu-ter. Mais personne ne comptait assez sur elle pour lui confier la têtedes hommes les plus honorés de la grandesse espagnole, et l’opinionpublique d’ailleurs, prête à se déchaîner contre les juges prévaricateursqui livreraient l’innocence, était plus imposante que la cour. L’un desjuges, parent du ministre de grâce et de justice, don Eugenio Ca-ballcro, atteint d’une maladie mortelle, ne voulut pas rendre le der-nier soupir sans avoir émis un avis digne d’un grand magistrat. Il priascs collègues composant le tribunal extraordinaire de se transporterdans sa demeure, pour délibérer près de sou lit de mort. Quand ilsfurent réunis, don Eugenio soutint qu’il était impossible de juger lescomplices d’un délit vrai ou faux sans l’auteur principal, c’est-à-diresans le prince des Asturies, et que, d’après les lois du royaume, ceprince ne pouvait être appelé et entendu que devant les cortès assem-blées; qu’au surplus le crime était imaginaire; que les preuves fourniesétaient nulles ou dépourvues de caractère légal, car c’étaient des copieset non des originaux qu’on avait sous les yeux; que la personne incon-VIII. 12