NOTES.
427
» L’aristocratie et le clergé sont les maîtres de l’Espagne ; s’ils craignent pourleurs privilèges et pour leur existence, ils feront contre nous des levées en massequi pourront éterniser la guerre. J'ai des partisans; si je me présente en conqué-rant, je n’en aurai plus.
» Le prince de la Paix est détesté, parce qu’on l’accuse d'avoir livré l’Espagne àla France ; voilà le grief qui a servi l'usurpation de Ferdinand: le parti populaireest le plus faible.
» Le prince des Asturies n’a aucune des qualités qui sont nécessaires au chefd’une nation; cela n'empéchera point que, pour nous l’opposer, on n’en fasse unhéros. Je ne veux pas qu’on use de violence envers les personnages de cette famille:il n’est jamais utile de se rendre odieux et d’enflammer les haines L’Espagne a plusde 100,000 hommes sous les armes, c’est plus qu’il n’en faut pour soutenir avecavantage une guerre intérieure; divisés sur plusieurs points, ils peuvent servir denoyau au soulèvement total de la monarchie.
» Je vous présente l’ensemble des obstacles qui sont inévitables, ilenest d’autresque vous sentirez.
» L’Angleterre ne laissera pas échapper cette occasion de multiplier nos embar-ras : elle expédie journellement des avisos aux forces qu’elle tient sur les côtes dePortugal et dans la Méditerranée; elle fait des enrôlements de Siciliens et de Por-tugais
» La famille royale n’ayant point quitté l’Espagne pour aller s’établir aux Indes,il n’y a qu’une révolution qui puisse changer l’état de cc pays : c’est peut-être lepays de l’Europe qui y est le moins préparé. Les gens qui voient les vices mon-strueux de ce gouvernement et l’anarchie qui a pris la place de l’autorité légale,sont le plus petit nombre; le plus grand nombreprofite.de ces vices et de cetteanarchie.
» Dans l’intérêt de mon empire, je puis faire beaucoup de bien à l’Espagne .Quels sont les meilleurs moyens à prendre?
» Irai-je à Madrid ? Exercerai-je l’acte d’un grand protectorat en prononçantentre le père et le fils ? Il me semble difficile de faire régner Charles IV ; son gou-vernement et son favori sont tellement dépopularisés qu’ils ne se soutiendraient pastrois mois.
» Ferdinand est l’ennemi de la France , c’est pour cela qu’on l’a fait roi. Le pla-cer sur le trône sera servir les factions qui, depuis vingt-cinq ans, veulent l’anéan-tissement de la France . Une alliance de famille serait un faible lien : la reine Éli-sabeth et d’autres princesses françaises ont péri misérablement, lorsqu’on a pu lesimmoler impunément à d’atroces vengeances. Je pense qu’il ne faut rien précipiter,qu’il convient de prendre conseil des événements qui vont suivre... Il faudra forti-fier les corps d’armée qui se tiendront sur les frontières du Portugal et attendre. .
» Je n’approuve pas le parti qu’a pris V. A. I. de s’emparer aussi précipitammentde Madrid . 11 fallait tenir l’armée à dix lieues de la capitale. Vous n’aviez pas l’as-surance que le peuple et la magistrature allaient reconnaître Ferdinand sans con-testation. Le prince de la Paix doit avoir, dans les emplois publics, des partisans;il y a d’ailleurs un attachement d'habitude au vieux roi, qui pourrait produire desrésultats. Votre entrée à Madrid, en inquiétant les Espagnols , a puissamment serviFerdinand. J’ai donné ordre à Savary d’aller auprès du vieux roi voir ce qui se passe.Il se concertera avec V. A. I. J’aviserai ultérieurement au parti qui sera à prendre;en attendant, voici ce que je juge convenable de vous prescrire : Vous ne m’enga-gerez à une entreprise, en Espagne , avec Ferdinand, que si vous jugez la situationdes choses telle que je doive le reconnaître comme roi d’Espagne . Vous userez debons procédés envers le roi, la reine et le prince Godoy. Vous exigerez pour eux etvous leur rendrez les mêmes honneurs qu'autrefois. Vous ferez en sorte que lesEspagnols ne puissent pas soupçonner le parti que je prendrai : cela ne vous serapas difficile, je n’en sais rien moi-même.
a Vous ferez entendre à la noblesse et au clergé que, si la France doit intervenirdans les affaires d’Espagne , leurs privilèges et leurs immunités seront respectés.Vous leur direz que l’Empereur désire le perfectionnement des institutions poli-tiques de l’Espagne, pour la mettre en rapport avec l’état de civilisation de l'Eu-rope , pour la soustraire au régime des favoris... Vous direz aux magistrats et auxbourgeois des villes, aux gens éclairés, que l’Espagne a besoin de recréer la machinede son gouvernement; qu’il lui faut des lois qui garantissent les citoyens de l’ar-