— 29 —
la ville l’avait reçu en celte qualité en 1576; elle porte letitre de Moralité de l’enfant de perdition qui occit son père ,tua sa mère et se pendit de désespoir ; 1 morale saine, vers fa-ciles, du sentiment dans quelques scènes, tel est le jugementqu’elle nous paraît mériter. Celle pièce n’est pas inédite,elle parut en 1608 à Lyon , chez l’imprimeur des poésies dufds du recteur; 2 ne serait-ce pas une dette de reconnaissanceque sous le voile de l’anonyme l’enfant voulait payer à soupère? Cet enfant bien doué et parvenu sans autre appui quelui-même , sans autre ressource que son talent, au posted’historiographe de France de Henri IV et Louis XIII , fit sesétudes à Porrentruy sous la direction du recteur. C’est danseette ville qu’à quinze ans il composa Clytemneslre , 3 sameilleure tragédie , témoignant de la connaissance de l’anti-quité et d’un goût prononcé pour la poésie. Pierre Ma-thieu, ne pouvant entretenir sa nombreuse famille avec sonmodeste traitement, quitta notre ville en 1580 , deux ansaprès avoir résigné sa place, 4 * & et alla fonder un collège àVercel, d’où trois années plus tard (juillet 1583), il revint àPorrentruy reprendre ses anciennes fonctions. Il les exerçaencore plus de dix ans, et dans cet intervalle , il fit jouerquelques comédies, entre autres une pièce sur la Nativité de
4 Voici le litre de celle pièce imprimée : Moralité nouvelle très-fructueusede Venfant de perdition qui pendit son père et tua sa mère , et comment Usédésespéra. Celte pièce, imprimée à Lyon en 1608, a été réimprimée à Paris ,chez Pinard en 1835, à 42 ex. ; elle fait partie du Recueil de livrets singu-liers et rares par Caron, Paris 1830.
2 L’imprimeur des tragédies de Mathieu se nommait Pierre Rigaud , celuide la moralité Benoit Rigaud ; nous avons lieu de croire que c’était le mômeétablissement. — Quant à l’hypothèse que celle moralité est de Mathieu-cous la croyons fondée, le manuscrit que nous avons sous les yeuxétant d’une écriture qui ressemble beaucoup à celle du recteur, de plus, auxratures dont il est surchargé on reconnaît un original et non une copie.
3 P. Mathieu assigne lui-même dans la préface de Clytemneslre (p. 11) ladate de celte pièce : a Je ne rougirai pourtant de confesser que les miens(ces vers) pour estre faicts il y a longtemps sur le troisième lustre de monaage , ne seront dignes du nom qu’ils portent. »
& Archives de Porrentruy . — Actes relatifs aux écoles. N° 29.