DES VOYAGEUltS.
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par mer; mais la distance est bien plus considérable par terre, àcause des sinuosités que forme le rivage : on peut l’évaluer à plusdu double. Comment aurions-nous pu arriver à Saint-Marc? Com-ment aurions-nous traversé plusieurs rivières très larges qui setrouvaient sur notre route, et dont je vis, en passant, les embou-chures qui m’annonçaient assez leur largeur, leur profondeur, et larapidité de leur cours? Que d'obstacles insurmontables à notre fai-blesse ! combien de fois il eût fallu nous écarter de notre chemin,pour remonter ces rivières, par des déserts inconnus, en cherchantun gué ou un passage sans danger ! De combien ces détours auraientaugmenté le nombre des lieues que nous avions à faire ! c’est cequ’il est impossible d’évaluer. La seule chose qui est sûre, c’est quenous n’aurions jamais réussi, et que nous serions morts à la peine.
Le même jour 8 mai nous arrivâmes à sept heures du soir à Saint-Marc des Apalaches. M. Sevettenham nous reçut avec beaucoupd’humanité. Il commença par me faire porter chez lui, et il envoyamadame Lacouture et son fils chez le caporal de son détachement.Il ordonna en même temps au chirurgien de nous donner tous lessecours de son art; il poussa la bonté jusqu’à partager son lit avecmoi, en me faisant prendre un de ses matelas. Il fit porter aussi desdraps à madame Lacouture ; il n’oublia aucun des soins qui pouvaientnous soulager, et dont nous avions un si grand besoin.
Notre bonheur nous fit tomber entre les mains d’un homme bien-faisant, et nous ne tardâmes pas à en éprouver les heureux effets.Que serions-nous devenus, si nous avions trouvé un officier moinssensible, qui, croyant avoir satisfait à l’humanité en nous tirant denotre désert, nous eût laissé le soin de chercher par nous-mêmesles autres secours qui nous étaient nécessaires ?
Il était temps que nous trouvassions un terme à nos souffrances :elles avaient commencé d’une manière terrible le 16 février 1766,elles avaient duré quatre-vingt et un jours. Que ce temps nous avaitparu long ! Par combien d’épreuveshorribles avions-nous passé ! Quelhomme peut dire qu’il a été plus malheureux? Il n’eût pas été éton-nant que de si longues souffrances eussent épuisé notre tempérament :il l’est sans doute plus que nous y ayons résisté, et que nous noussoyons rétablis. Mais notre guérison fut pendant quelques joursincertaine. Nous enflâmes prodigieusement. Le médecin qui noussoignait désespéra d’abord de notre vie : ce ne fut que par des ali-