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Tome second.
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AVENTURES CURIEUSES

heur pour nous que cet homme ne sût pas nager ; on va voir com-bien de services nous rendit son ignorance : sans lui nous eussionspéri. Ne pouvant nager, il ne sétait pas déshabillé; ainsi il con-serva sa grosse chemise de toile, un couteau qui se trouvait dans sapoche, et un énorme chapeau à la hollandaise. Aussitôt que la cha-loupe fut dégagée de la plus grande partie de leau, et attachée parla bosse à la corue du guis du bateau, mon chien vint à moi le longde la chaloupe ; je le pris. Un instant après, lamarre cassa tout àcoup, et je me trouvai en dérive. Jappelai mon second et lautrematelot ; ils vinrent en nageant derrière la chaloupe. Mon secondavait par bonheur trouvé un petit mât de hune qui servait à hisserla flamme, et qui nous tint lieu de gouvernail; nous les aidâmesà entrer dans la chaloupe, et bientôt nous perdîmes de vue notremalheureux bateau.

Il était alors quatre heures du matin, à ce que jestimai; le jour netarda pas à paraître : en sorte que, depuis le moment nous avionsété forcés dabandonner notre navire, il sétait écoulé environ deuxheures. Ce qui lempêcha de couler bas plus promptement, cestque javais chargé environ cent cinquante barils de biscuit quiétaient dans des barriques presque étanches, autant et même plusde barils de farine, avec trois cents ferkins ou poids de soixantelivres de beurre; toutes matières qui flottent sur leau, et qui nesen pénètrent que lentement et par degrés. Aussitôt que nousfûmes en dérive, nous tînmes la chaloupe vent arrière du mieuxque nous pûmes; et, dès quil fit jour, japerçus plusieurs effetsqui dérivaient du lieu nous avions fait naufrage. Japerçus moncoffre dhabits et de linge : je sentis un mouvement de joie. Il y avaitdans ce coffre plusieurs bouteilles deau de fleurs doranger, quelqueslivres de chocolat et de sucre, etc. Penchés sur le bord de notrechaloupe, nous saisîmes ce coffre, et fîmes tous nos efforts pourlouvrir sur leau ; car il ne fallait pas songer à le faire entrer dansla chaloupe ; il était trop grand et trop lourd, et il laurait sub-mergée. Jamais, quoique nous fissions, nous ne pûmes forcer lecouvercle ; il fallut labandonner à la mer, avec toutes les bonnesprovisions quil renfermait; et pour comble de misère, nousavions, par cet effort, presque rempli deau notre chaloupe, etnous avions manqué, plus dune fois, de la faire chavirer.

Nous eûmes pourtant le bonheur de ramasser treize oignons sur