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Tome second.
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AVENTURES CURIEUSES

Le septième jour fut beau, la brise modérée et la mer tout à faitcalme. Sur le midi, les deux matelots, qui avaient bu plusieursfois de l’eau de mer, devinrent si faibles qu’ils commencèrent à ex-travaguer, comme des hommes qui ont le transport, ne sachant pluss’ils étaient sur mer ou sur terre ; et nous-mêmes, mon second etmoi, nous étions si faibles qu’à peine pouvions-nous nous tenir surnos jambes, ni gouverner chacun à notre tour, ni épuiser l’eau dela chaloupe qui en faisait beaucoup par le fond.

Lehuitièmejour au matin, Jean Commings mourut, et trois heuresaprès Georges Simson le suivit. Ce soir-là même, au déclin du so-leil, nous eûmes le bonheur d’apercevoir les hautes terres à la pointeorientale de l’île de Tabago. L’espérance nous rendit quelquesforces. Nous tînmes l’avant de la chaloupe vers la terre toute lanuit, avec une petite brise et un fort courant qui nous favorisait.Nous fûmes, toute cette nuit, William et moi, dans la plus étrangesituation, nos deux camarades morts sous nos yeux, la terre en vue,et un très petit vent pour en approcher, mais aidés du courant quipoussait avec force vers l’ouest. Nous n’étions pas, le matin, suivantmon estime, à plus de cinq ou six lieues de terre. Cet heureux jourfut le dernier de nos souffrances sur la mer. Nous gouvernâmes, toutle jour, vers le rivage, quoique nous ne pussions nous tenir sur nosjambes. Le soir, le vent tomba, et le calme nous prit ; mais, vers lesdeux heures du matin, le courant nous jeta sur le rivage de l’ile deTabago, une des Antilles , au pied d’une haute falaise, entre lapetite Tabago et la baie de Man-Ofwar, qui est la partie orientale del’ile. La chaloupe fut bientôt crevée par la secousse, et mon infor-tuné compagnon et moi, nous nous traînâmes sur le rivage, laissant* dans la chaloupe nos deux camarades morts, et le reste du chienqui était tout à fait corrompu.

Nous gravîmes à quatre pattes, comme nous pûmes, le long deces hautes falaises, qui pendaient presqu’à pic sur la mer, à la hau-teur de trois ou quatre cents pieds. La grande quantité d’arbres quipenchaient sur nos têtes, avait fait tomber beaucoup de feuilles dansl’endroit où nous nous étions traînés ; nous en ramassâmes quelquespoignées, et nous nous étendîmes dessus pour attendre le jour. Dèsqu’il fut venu, nous cherchâmes autour de nous un peu d’eau, etnous en trouvâmes dans le creux de quelques rochers ; mais elleétait salée et mauvaise à boire. Nous aperçûmes sur les rochers,