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Tome I.
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DISCOURS

yeux d’autrui. Pour que les choses devinssent égalesà cet égard il faudroit que les talents, la force, ettoutes les facultés du père, augmentassent en raisonde la grandeur de la famille , et que l’âme d’un puis-sant monarque fût à celle d’un homme ordinairecomme l’étendue de son empire est à l’héritage d’unparticulier.

Mais comment le gouvernement de l’état pour-roit-il être semblable à celui de la famille, dont lefondement est si différent? Le père étant physique-ment plus fort que ses enfants, aussi long-temps queson secours leur est nécessaire, le pouvoir paternelpasse avec raison pour être établi par la nature. Dansla grande famille, dont tous les membres sont natu-rellement égaux, l’autorité politique , purement ar-bitraire quant à son institution, ne peut être fondéeque sur des conventions, ni le magistrat comman-der aux autres qu’en vertu des lois. Le pouvoir dupère sur les enfants, fondé sur leur avantage parti-culier , ne peut, par sa nature, s’étendre jusqu’audroit de vie et de mort: mais le pouvoir souverain,qui n’a d’autre objet que le bien commun, n’a d’au-tres bornes que celles de l’utilité publique bien en-tendue ; distinction que j’expliquerai dans son lieu.Les devoirs du père lui sont dictés par des sentimentsnaturels, et d’un ton qui lui permet rarement dedésobéir. Les chefs n’ont point de semblable règle ,et ne sont réellement tenus envers le peuple qu’àce qu’ils lui ont promis de faire, et dont il est endroit d’exiger l’exécution. Une autre différence plusimportante encore, c’est que, les enfants n’ayant