92
GOUVERNEMENT
et que sont tous les surveillants qu’on leur donne,sinon d’autres fripons qu’on envoie partager aveceux? S’il n’y avoit que des richesses publiques etmanifestes, si la marche de l’orlaissoit une marqueostensible et ne pouvoit se cacher, il n’y auroitpoint d’expédient plus commode pour acheter desservices, du courage, de la fidélité, des vertus jmais, vu sa circulation secrète, il est plus com-mode encore pour faire des pillards et des traîtres,pour mettre à l’enchère le bien public et la liberté.En un mot, l’argent est à la fois le ressort le plusfoible et le plus vain que je connoisse pour fairemarcher a son but la machine politique ,1e plus fortet le plus sûr pour l’en détourner.
On ne peut faire agir les hommes que*par leurintérêt, je le sais 5 mais l’intérêt pécuniaire est leplus mauvais de tous , le plus vil, le plus propre àla corruption, et même, je le répète >avec confianceet le soutiendrai toujours, le moindre et le plusfoible aux yeux de qui connoit bien le cœur hu-main. Il est naturellement dans tous les cœurs degrandes passions en réserve j quand il n’y reste plusque celle de l’argent, c’est qu’on a énervé , étouffétoutes les autres qu’il falloit exciter et développer.L’avare n’a point proprement de passion qui ledomine ; il n’aspire a l’argent que par prévoyance,pour contenter celles qui pourront lui venir. Sa-chez les fomenter et les contenter directement sanscette ressource ; bientôt elle perdra tout son prix.
Les dépenses publiques sont inévitables, j’enconviens encore,* faites-les avec toute autre chose