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PROJET
ressant pour l’humanité. Je vais voir, du moins enidée, les hommes s’unir et s’aimer ; je vais penser àune douce et paisible société de frères, vivant dansune concorde étemelle, tous conduits par les mêmesmaximes, tous heureux du bonheur commun ; et,réalisant en moi-même un tableau si touchant, l’i-mage d’une félicité qui n’est point m’en fera goûterquelques instants une véritable.
Je n’ai pu refuser ces premières lignes au senti-ment dont j’étois plein. Tâchons maintenant de rai-sonner de sang froid. Bien résolu de ne rien avancerque je ne le prouve, je crois pouvoir prier le lecteurà son tour de ne rien nier qu'il ne le réfute ; car cene sont pas tant les raisonneurs que je crains queceux qui, sans se rendre aux preuves, n’y veulentrien objecter.
Il ne faut pas avoir long-temps médité snr lesmoyens de perfectionner un gouvernement quelcon-que pour apercevoir des embarras et des obstacles,qui naissent moins de sa constitution que de ses re-lations externes; de sorte que la plupart des soinsqu’il faudroit consacrer à sa police, on est contraintde les donner à sa sûreté, et de songer plus a lemettre en état de résister aux autres qu’à le rendreparfait en lui-même. Si l’ordre social étoit, commeon le prétend, l’ouvrage de la raison plutôt que despassions, eût-on tardé si long-temps à voir qu’onen a fait trop ou trop peu pour notre bonheur ; quechacun de nous étant dans l’état civil avec ses con-citoyens , et dans l’état de nature avec tout le restedu monde, nous n’avons prévenu les guerres parti-
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