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Tome II.
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DE PAIX PERPÉTUELLE.

aux ennemis le moyen de s'unir pour résister ; letemps, l’argent et les hommes ne tarderont pas àlui manquer. Divisera-t-il les autres puissances pourles vaincre l’une par l’autre? Les maximes de l’Eu-rope rendent cette politique vainc ; et le prince leplus borné ne donneroit pas dans ce piège. Enfin,aucun d’eux ne pouvant avoir de ressources, exclu-sives , la résistance est, à la longue, égale à l’effort,et le temps rétablit bientôt les brusques accidentsde la fortune , sinon pour chaque prince en particu-lier , au moins pour la constitution générale.

Veut-on maintenant supposer à plaisir l’accordde deux ou trois potentats pour subjuguer tout lereste? Ces trois potentats, quels qu’ils soient, neferont pas ensemble la moitié de l’Europe . Alorsl’autre moitié s’unira certainement contre eux; ilsauront donc a vaincre plus fort qu’eux-mémes. J’a-joute que les vues des uns sont trop opposées a cellesdes autres, et qu’il règne une trop grande jalousieentre eux , pour qu’ils puissent même former unsemblable projet. J’ajoute encore que , quand ilsl’auroient formé, qu’ils le mettroient en exécution,et qù’il auroit quelques succès, ces succès mêmesseroient, pour les conquérants alliés , des semencesde discorde ; parce qu’il ne seroit pas possible queles avantages fussent tellement partagés que chacunse trouvât également satisfait des siens, et que lemoins heureux s’opposeroit bientôt aux progrès desautres, qui, par une semblable raison, ne tarde-roient pas à se diviser eux mêmes. Je doute que,depuis que le monde existe, on ait jamais vu trois