DE PAIX PERPÉTUELLE. 193
qu’aucun des six ne peut exister dans ce nouvel étatde choses.
Premièrement, il faut renoncer aux conquêtespar l’impossibilité d'en faire , attendu qu’on est sûrd’être arrêté dans son chemin par de plus grandesforces que celles qu’on peut avoir ; de sorte qu’enrisquant de tout perdre on est dans l’impuissance derien gagner. Un prince ambitieux, qui veut s’agran-dir en Europe , fait deux choses : il commence parse fortifier de bonnes alliances, puis il tâche deprendre son ennemi au dépourvu. Mais les alliancesparticulières ne serviroient de rien contre une al-liance plus forte, et toujours subsistante ; et nulprince n’ayant plus aucun prétexte d’armer, il nesauroit le faire sans être aperçu , prévenu et punipar/la confédération toujours armée.
La même raison qui ôte à chaque prince tout es*poir de conquêtes , lui ôte en même temps toutecrainte d’être attaqué ; et, non-seulement ses états,garantis par toute l’Europe, lui sont aussi assurésqu’aux citoyens leurs possessions dans un pays bienpolicé, mais plus que s’il étoitleur unique et propredéfenseur, dans le même rapport que l’Europe en-tière est plus forte que lui seul.
On n’a plus de raison de vouloir afFoiblir un voisindont on n’a plus rien a craindre ; etl’on n’en est pasmême tenté, quand on n’a nul espoir de réussir.
À l’égard du soutien de ses droits, il faut d’abordremarquer qu’une infinité de chicanes et de préten-tions obscures et embrouillées seront toutes anéan-ties par le troisième article de la confédération, qui