DE PAIX PERPÉTUELLE.
195
la guerre , c’est ne rien dire à celui qui croit avoirdes raisons de préférer la guerre à la paix ; et luimontrer les moyens d’établir une paix durable , cen’est que l’exciter à s’y opposer.
En effet, dira-t-on, vous ôtez aux souverains ledroit de se faire justice à eux-mêmes, c’est-à-direle précieux droit d’être injustes quand il leur plaît ;vous leur ôtez le pouvoir de s’agrandir aux dépensde leurs voisins ; vous les faites renoncer à ces anti-ques prétentions qui tirent leur prix de leur obs-curité , parce qu’on les étend avec sa fortune, à cetappareil de puissance et de terreur dont ils aimenta effray er le monde, à cette gloire des conquêtesdont ils tirent leur honneur; et, pour tout dire en-fin , vous les forcez d’être équitables et pacifiques.Quels seront les dédommagements de tant de cruel-les privations ?
Je n’oserois répondre, avec l’abbé de Saint-Pierre,que la véritable gloire des princes consiste à pro-curer l’utilité publique et le bonheur de leurs su-jets ; que tous leurs intérêts sont subordonnés a leurréputation , et que la réputation qu’on acquiert au-près des sages se mesure sur le bien que l’on faitaux hommes ; que l’entreprise d’une paix perpé-tuelle , étant la plus grande qui ait jamais été faite ,est la plus capable de couvrir son auteur d’une gloireimmortelle ; que cette même entreprise , étant aussila plus utile aux peuples, est encore la plus hono-rable aux souverains, la seule surtout qui ne soitpas souillée de sang, de rapines, de pleurs , de ma-lédictions ; et qu’enfin le plus sur moyen de se dis-