DU SUJET
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me force à mal penser de tous ceux qui m’entou-rent ; et, comme rien n’est plus éloigné de ma vo-lonté que d’étre injuste et ingrat envers eux , ceuxqui me désabuseroient, en me ramenant à de meil-leurs jugements , substitueroient dans mon cœur lagratitude à l’indignation, et me rendroient sensibleet reconnoissant en me montrant mon devoir àl’être. Ce n’est pas là cependant le seul motif quim’ait mis la plume à la main : un autre encore, plusfort et non moins légitime , se fera sentir dans cetécrit. Mais je proteste qu’il n’entre plus dans cesmotifs l’espoir ni presque le désir d’obtenir enfin deceux qui m’ont jugé la justice qu’ils me refusent,et qu’ils sont bien déterminés à me refuser tou-jours.
En voulant exécuter cette entreprise, je me suisvu dans un bien singulier embarras : ce n’étoit pasde trouver des raisons en faveur de mon sentiment,c’étoit d’en imaginer de contraires ; c’étoit d’établirsur quelque apparence d’équité des procédés où jen’en aperçevois aucune. Voyant cependant toutParis , toute la France , toute l’Europe, se conduireà mon égard avec la plus grande confiance sur desmaximes si nouvelles, si peu concevables pour moi,je ne pouvois supposer que cet accord unanimen’eût aucun fondement raisonnable ou du moinsapparent, et que toute une génération s’accordât àvouloir éteindre à plaisir toutes les lumières natu-relles , violer toutes les lois de la justice , toutes lesrègles du bon sens, sans objet, sans profit, sans