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PREMIER DIALOGUE. 19
seul qu’ils savent mieux s'aimer eux-mêmes , ils «ontmoins malveillants pour autrui.
Us sont aussi moins actifs, ou, pour mieux dire,moins remuants. Leurs efforts pour atteindre K l’ob-jet qu’ils contemplent consistent en des élans vigou-reux; mais, sitôt qu’ils en sentent l’impuissance,ils s arrêtent sans chercher h leur portée des équi-valents à cet objet unique, lequel 6eul peut lestenter.
Comme ils ne cherchent pas leur bonheur dans1 apparence, mais dans le sentiment intime, en quel-que rang que les ait placés la fortune, ils s’agitentpeu pour en sortir ; ils ne cherchent guère à s’élever,et descendroient sans répugnance à des relationsplus de leur goût, sachant bien que l’état le plusheureux n’est pas le plus honoré de la foule, maiscelui qui rend le cœur plus content. Les préjugésont sur eux très-peu de prise, l’opinion ne les mènepoint ; et, quand ils en sentent l’effet, ce n’est paseux qu’elle subjugue, mais ceux qui influent surleur sort.
Quoique sensuels et voluptueux, ils font peu decas de l’opulence, et ne font rien pour y parvenir ,connoissant trop bien l’art de jouir pour ignorerque ce n’est pas à prix d’argent que le vrai plaisirs’achète ; et, quant au bien que peut faire un riche,sachant aussi que ce n’est pas lui qui le fait, mais sarichesse; qu’elle le feroit sans lui mieux encore,répartie entre plus de mains, ou plutôt anéantie parce partage, et que tout ce bien qu’il croit faire parelle équivaut rarement au malrcel qu’il fautfaire pour