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PREMIER DIALOGUE.
Rouss. Si j’avois à surmonter l’horreur d’appro-cher du personnage que vous venez de peindre, cene seroit assurément pas pour vérifier s’il sait la mu-sique ; la question n’est pas assez intéressante lors-qu’il s’agit d’un pareil scélérat.
Le Fa. Il faut qu’elle ait paru moins indifférenteà nos messieurs qu’à vous ; car les peines incroyablesqu’ils ont prises et prennent encore tous les jourspour établir de mieux en mieux dans le public cettepreuve, passent encore ce qu’ils ont fait pour met-tre en évidence celle de ses crimes.
Rouss. Cela meparoit assez bizarre; car quand ona si bien prouvé le plus, d’ordinaire on ne s’agitepas si fort pour prouver le moins.
Le Fr. Oh! vis-à-vis d’un tel homme, on nedoit négliger ni le plus ni le moins. A l’horreur duvice se joint l’amour de la vérité, pour détruire danstoutes ses branches une réputation usurpée ; etceux qui se sont empressés de montrer en lui unmonstre exécrable, ne doivent pas moins s’empres-ser aujourd’hui d’y montrer un petit pillard sanstalent.
Rouss. Il faut avouer que la destinée de cethomme a des singularités bien frappantes : sa vieest coupée en deux parties qui semblent appartenirà deux individus différents , dont l’époque qui lessépare, c’est-à-dire le temps où il a publié deslivres, marque la mort de l’un et la naissance del’autre.
Lé premier, homme paisible et doux, fut bienvoulu de tous ceux qui le connurent, et ses amis