128 PREMIER DIALOGUE.
publicité, je ne vois point celui qu’on évite en ca-chant le crime au coupable qui ne peut l'ignorer,et en le divulguant parmi tout le reste des hommesqui n'en savoient rien. L’air de mystère et de réservequ’on met à cette publication ne sert qu’à l’accélérer.Sans doute le public est toujours fidèle aux secretsqu’on lui confie : ils ne sortent jamais de son sein ;mais il est risible qu’en disant ce secret à l'oreille àtout le monde, et le cachant très-soigneusement auseul qui, s’il est coupable, le sait nécessairementavant tout autre, on veuille éviter par là le scandale,et faire de ce badin mystère un acte de bienfaisanceet de générosité. Pour moi, avec une si tendre bien-veillance pour le coupable, j’aurois choisi de le con-fondre sans le diffamer, plutôt que de le diffamersans le confondre; et il faut certainement, pouravoir pris le parti contraire, avoir eu d’autres rai-sons que vous ne m'avez pas dites, et que cette bien-veillance ne comporte pas.
Supposons qu’au lieu d’aller creusant sous ses pastous ces tortueux souterrains, au lieu des triplesmurs de ténèbres qu'on élève avec tant d’efl’orts au-tour de lui, au lieu de rendre le public et l’Europe entière complices et témoins du scandale qu’on feintde vouloir éviter, au lieu de lui laisser tranquille-ment continuer et consommer ses crimes, en se con-tentant de les voir et de les compter sans en empê-cher aucun ; supposons , dis-je , qu'au lieu de toutce tortillage on se fût ouvertement et directementadresse à lui même et à lui seul ; qu’en lui présentanten face son accusateur armé de toutes scs preuves