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SECOND DIALOGUE.
Rouss. Pour vous parler selon ma croyance, jevous dirai donc tout franchement que, selon moi,ce n’est pas un homme vertueux.
Le Fr. Ah ! vous voilà donc enfin pensant commetout le monde ! 1
Rouss. Pas tout-à-fait, peut-être : car, toujoursselon moi, c’est beaucoup moins encore un dé-testable scélérat.
Le Fr. Mais enfin qu’est-ce donc? Car vous êtesdésolant avec vos éternelles énigmes.
Rouss. Il n’y a point là d’énigmes que celle quevous y mettez vous-même. C’est un homme sansmalice plutôt que bon, une âme saine, mais foible,qui adore la vertu sans la pratiquer, qui aime ar-demment le bien et qui n’en fait guère. Pour lecrime, je suis persuadé comme de mon existencequ'il n’approcha jamais de son cœur, non plus quela haine. Voilà le sommaire de mes observationssur son caractère moral. Le reste ne peut se direen abrégé : car cet homme ne ressemble à nulautre que je connoisse ; il demande une analyse Kpart et faite uniquement pour lui.
Le Fr. Oh ! faites-la-moi donc cette unique ana-lyse , et montrez-nous comment vous vous y êtespris pour trouver cet homme sans malice , cet êtresi nouveau pour tout le reste du monde, et quepersonne avant vous n’a su voir en lui.
Rouss. Vous vous trompez ; c’est au contrairevotre Jean-Jacques qui est cet homme nouveau.Le mien est l’ancien, celui que je m’étois figuréavant que vous m’eussiez parlé de lui, celui que