SECOND DIALOGUE.
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monnoie; et, leur rendant fourberie pour fourbe-rie, trahison pour trahison, il se serviroit de leurspropres armes pour sc défendre et se venger d’eux;mais , loin qu'on l’ait jamais accusé d’avoir tracassédans les sociétés où il a vécu, ni brouillé scs amisentre eux, ni desservi personne avec qui il fut enliaison, le seul reproche qu’aient pu lui faire sessoi-disants amis a été de les avoir quittés ouverte-ment , comme il a dû faire , sitôt que, les trouvantfaux et perfides , il a cessé de les estimer.
Non, monsieur, le vrai misanthrope, si un êtreaussi contradictoire pouvoit exister (à) , ne fuiroitpoint dans la solitude : quel mal peut et veut faireaux hommes celui qui vit seul? Celui qui les haitveut leur nuire, et pour leur nuire il ne faut pasles fuir. Les méchants ne sont point dans les dé-serts , ils sont dans le monde. C’est la qu’ils intri-guent et travaillent pour satisfaire leur passion ettourmenter les objets de leur haine. De quelquemotif que soit animé celui qui veut s’engager dansla foule et s’y faire jour, il doit s’armer de vigueurpour repousser ceux qui le poussent, pour écarterceux qui sont devant lui, pour fendre la presse etfaire son chemin. L’homme débonnaire et doux,l'homme timide et foible qui n’a point ce courage,et qui tâche de se tirer à l'écart de peur d’étre abattu
(<*) Timon n’éloit pas naturellement misanthrope , et.mêmene meritoit pas ce nom. Il y avoit dans son fait plus de dépit utd’enfantillage que de véritable méchanceté ; c’étoit un fou mé-content qui boudoit contre le genre humain.