PRÉFACE. ' 13
fit trente ans mon bonheur, H faudroit avoir toujourssu t'aimer 5 il faudroit qu'on ignorât que j’ai eu quel-ques liaisons avec les éditeurs de l’Encyclopédie,que j’ai fourni quelques articles a l’ouvrage, que monnom se trouve avec ceux des auteurs ; il faudroit quemon zèle pour mon pays fût connu, qu’on supposâtque l’article Genève m’eût échappé, ou qu'on ne pûtinférer de mon silence que j’adhère à ce qu’il con-tient ! Rien de tout cela ne pouvant être , il faut doncparler : il faut que je désavoue ce que je n approuvepoint, afin qu’on ne m’impute pas d’autres sentimentsque les miens. Mes compatriotes n’ont pas besoin demes conseils , je le sais bien j mais moi, j’ai besoinde m’honorer, en montrant que je pense comme euxsur nos maximes. Je n’ignorc pas combien cet écrit,si loin de ce qu’il devroit être, est loin même de ceque j’aurois pu faire en de plus heureux jours. Tantde choses ont concouru a le mettre au-dessous dumédiocre où je pouvois autrefois atteindre, que jem’étonne qu'il ne soit pas pire encore. 3 écrivois pourma,patric : s’il étoit vrai que le zèle tînt lieu de ta-lent , j’aurois fait mieux que jamais ; mais j'ai vu cequ'il falloit faire, et n’ai pu l’exécuter. J’ai dit froi-dement la vérité : qui est-ce qui se soucie d’elle ?Triste recommandation pour un livre ! Pour êtreutile il faut être agréable j et ma plume a perdu cetart là. Tel me disputera malignement cette perte.Soit : cependant je me sens déchu, et l’on ne tombepas au-dessous de rien.
Premièrement, il ne s’agit plus ici d’un vain babilde philosophie, mais d'une vérité de pratique impor-3. 2