164
LETTRE
même ville, ne sont point des anachorètes, ils nesauroient vivre toujours seuls et séparés : quand ilsle pourroient, il ne faudroit par les y contraindre.Il n’y a que le plus farouche despotisme qui s’alarmaà la vue de sept ou huit hommes assemblés, crai-gnant toujours que leurs entretiens ne roulent surleurs misères.
Or, de toutes les sortes de liaisons qui peuventrassembler les particuliers dans une ville comme lanôtre, les cercles forment, sans contredit, la plusraisonnable, la plus honnête, et la moins dange-reuse , parce qu’elle ne veut ni ne peut se cacher,qu’elle est publique , permise, et que l’ordre et larègle y régnent. Il est même facile a démontrer queles abus qui peuvent en résulter naitroient égalementde toutes les autres, ou qu’elles en produiroient deplus grands encore. Avant de songer à détruire unusage établi, on doit avoir bien pesé ceux qui s’in-troduiront à sa place. Quiconque en pourra propo-ser un qui soit praticable et duquel ne résulte aucunabus , qu’il le propose, et qu’ensuite les cercles soientabolis; à la bonne heure. En attendant, laissons,s’il le faut, passer la nuit à boire à ceux qui, sanscela, la passeroient peut-être à faire pis.
Toute intempérance est vicieuse, et surtout cellequi nous ôte la plus noble de nos facultés. L’excèsdu vin dégrade l’homme , aliène au moins sa raisonpour un temps , et l’abrutit à la longue. Mais enfinle goût du vin n’est pas un crime ; il en fait rarementcommettre ; il rend l'homme stupide et non pas