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LETTRE
vous, Génevois, évitez de le devenir, s’il est tempsencore ; craignez le premier pas, qu’on ne fait ja-mais seul, et songez qu’il est plus aisé de garder debonnes mœurs que de mettre un terme aux. mau-vaises.
Deux ans seulement de comédie , et tout est bou- |leversé. L’on ne sauroit se partager entre tant d’a- jmusements : l’heure des spectacles étant celle des cer-cles les fera dissoudre, il s’en détachera trop demembres ; ceux qui resteront seront trop peu assidus 1pour être d’une grande ressource les uns aux autres,et laisser subsister long-temps les associations. Lesdeux sexes réunisjournellementdans un même lieu;les parties qui se lieront pour s’y rendre les maniè-res de vivre qu’on y verra dépeintes et qu’on s’em-pressera d’imiter ; l’exposition des dames et demoi-selles parées tout de leur mieux et mises en étalagedans desloges comme sur le devant d’une boutique , ien attendant les acheteurs; l’affluence de la belle jeu- !nesse , qui viendra de son côté s’offrir en montre, ettrouvera bien plus beau de faire des entrechats authéâtre que l’exercice à Plain-Palais ; les petits sou-pers de 'femmes qui s’arrangeront en sortant, ne .fut-ce qu’avec les actrices ; enfin le mépris des an- |ciens usages qui résultera de l’adoption des non- Iveaux ; tout cela substituera bientôt l’agréable vie de |Paris et les bons airs de France à notre anciennesimplicité ; et je doute un peu que des Parisiens àGenève y conservent long-temps le goût de notregouvernement.
Il ne faut point le dissimuler, les intentions sont