A M. D’ALEMBERT.
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gage j et quand on s'aperçoit de Verreur, qu’il esttard pour en revenir ! Que d'hommes bien nés, sé-duits par ces apparences, d’amants tendres et géné-reux qu’ils étoient d’abord, sont devenus par degrésde vils corrupteurs , sans mœurs, sans respect pourla foi conjugale, sans égards pour les droits de laconfiance et de l’amitié ! Heureux qui sait se recon-noître au bord du précipice et s’empêcher cly tom-ber! Èst-ce au milieu d’une course rapide qu’on doitespérer de s’arrêter ? est-ce en s’attendrissant tousles jours qu’on apprend à surmonter la tendresse ?On triomphe aisément d'un foible penchant ; maiscelui qui connut le véritable amour et l’a su vaincre,ah ! pardonnons à ce mortel, s’il existe , d’oser pré-tendre h la vertu !
Ainsi, de quelque manière qu’on envisage les cho-ses, la meme vérité nous frappe toujours. Tout ceque les pièces de théâtre peuvent avoir d’utile à ceuxpour qui elles ont été faites nous deviendra preju-'diciable , jusqu’au goût que nous croirons avoir ac-quis par elles, et qui ne sera qu’un faux goût, sanstact, sans délicatesse, substitué mal à propos parminous à la solidité de la raison. Le goût tient à plu-sieurs choses : les recherches d'imitation qu’on voitau théâtre, les comparaisons qu’on a lieu d’y faire ,les réflexions sur l'art de plaire aux spectateurs,peuvent le faire germer, mais non suffire à son dé-veloppement. Il faut de grandes villes, il faut desbeaux-arts et du luxe , il faut un commerce intimeentre les citoyens, il faut une étroite dépendance