A M. T. J. ROUSSEAU. 221
voirs de citoyen, d'ami, d’époux, de fils et de père :mais rendoz-uous donc, si vous le pouvez, ces de-voirs moins pénibles et moins tristes ; ou souffrez<[u’après les «avoir remplis de notre mieux , nousnous consolions de notre mieux aussi des chagrins(pii les accompagnent. Rendez les peuples plus heu-reux , et par conséquent les citoyens moins rares,les amis plus sensibles et plus constants, les pèresplus justes, les enfants plus tendres , les femmesplus fidèles et plus vraies ; nous ne chercherons pointalors d’autres plaisirs (pie ceux qu’on goûte au seinde l’amitié, de la patrie, de la nature et de l'amour.Mais il y a long-temps, vous le savez , que le siècled’Astrée n’existe plus que dans les fables, si mêmeil a jamais existé ailleurs. Solon disoit qu’il avoitdonné aux Athéniens, non les meilleures lois enelles-mêmes, mais les meilleures qu’ils pussent ob-server. Il en est ainsi des devoirs qu‘une saine phi-losophie prescrit aux hommes , et des plaisirs qu’elleleur permet. Elle doit nous supposer etnous prendrelois que nous sommes , pleins de passions et de foi-blesses, mécontents de nous-mêmes et des autres ,réunissant a un penchant naturel pour l’oisiveté,l'inquiétude et l’activité dans les désirs. Que reste-t-il à faire à la philosophie ,que de pallier à nos yeux,par les distractions qu’elle nous offre, l’agitationqui nous tourmente, ou la langueur qui nous con-sume? Peu de personnes ont, comme vous, mon-sieur, la force de chercher leur bonheur dans latriste et uniforme tranquillité delà solitude. Maiscette ressource ne vous manque-t-elle jamais à vous-
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