LETTRE
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siècle, dut craindre aujourd’hui le sort équivoque'qu'il eut à sa naissance; notre parterre, plus fin etplus éclairé qu’il ne l'étoit il y a soixante ans, n’au-roil. plus besoin du Médecin malgré lui pour allerau Misanthrope. Mais je crois en meme temps avecvous que d'autres chefs-d’œuvre du meme poète etde quelques autres, autrefois justement applaudis,auroient aujourd'hui plus d'estime que de succès;notre changement de goût en est la cause ; nous vou-lons dans la tragédie plus d’action, et dans la comé-die plus de finesse. La raison en est, si je ne me trompe,que les sujets communs sont presque entièrementépuisés sur les deux théâtres : et qu'il faut d’un côtéplus de mouvement pour nous intéresser à des hérosmoins connus, et de l’autre plus do recherche etplus de nuance pour faire sentir des ridicules moinsapparents.
Le zèle dont vous êtes animé contre la comédie nevous permet pas de faire grâce a aucun genre,même à celui où on sc propose de faire couler noslarmes par des situations intéressantes, et de nousoffrir dans la vie commune des modèles de courageet de vertu : autant vaudrait , dites-vous, aller ausermon. Ce discours me surprend dans votre bouche.Vous prétendiez, un moment auparavant, que lesleçons de la tragédie nous sont inutiles , parce qu’onn’y met sur le théâtre que des héros auxquels nousne pouvons nous flatter de ressembler : et vous blâ-mez à présent les pièces où l’on n’expose h nos yeuxque nos citoyens et nos semblables; ce n’est pluscomme pernicieux aux bonnes mœurs, mais comme