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17 (1830) Lettres de la montagne / de J.J. Rousseau ; mises dans un nouvel ordre avec des notes historiques, et des éclaircissements; par V.D. Musset-Pathay
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LETTRES

dire de lÉvangile ce que je nai dit que des jansé-nistes , des méthodistes, et dautres dévots dau-jourdhui , qui font du christianisme une religionaussi terrible et déplaisante (a) , quelle est agréa-ble et douce sous la véritable loi de Jésus-Christ .

Je 11e voudrois pas prendre le ton du père Ber-ruyer, que je naime guère , et que je trouve mêmede très-mauvais goût; mais je ne puis mempêcherde dire quune des choses qui me charment dans lecaractère de Jésus nest pas seulement la douceurdes mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce ,et même lélégance. Il ne fuyoit ni les plaisirs, ni lesfêtes ;il alloitaux noces,il voyoit les femmes, il jouoitavec les enfants, il aimoit les parfums , il mangeoitchez les financiers. Ses disciples ne jeûnoient point;son austérité nétoit point fâcheuse. Il étoit à la foisindulgent et juste , doux aux foibles et terrible auxméchants. Sa morale avoit quelque chose dat-trayant, de -caressant, de tendre ; il avoit le cœur

(a) Les premiers réformés donnèrent dabord dans cet excèsavec une dureté qui fît bien des hypocrites ; et les premiers jan-sénistes ne manquèrent pas de les imiter en cela. Un prédica-teur de Genève , appelé Henri de la Marre , soutenoit en chaireque cétoit pécher que d'aller à la noce plus joyeusement queJésus-Christ nétoit allé à la mort. Un curé janséniste soutenoitde même que les festins des noces étoient une invention du dia-ble. Quelquun lui objecta-dessus que Jésus-Christ y avoitpourtant assisté, et qu'il avoit meme daigné y faire son premiermiracle pour prolonger la gaieté du festin. Le curé , un peuembarrasse , répondit en grondant : « Ce nest pas ce quil fit» de mieux. »