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LETTRES
dire de l’Évangile ce que je n’ai dit que des jansé-nistes , des méthodistes, et d’autres dévots d’au-jourd’hui , qui font du christianisme une religionaussi terrible et déplaisante (a) , qu’elle est agréa-ble et douce sous la véritable loi de Jésus-Christ .
Je 11e voudrois pas prendre le ton du père Ber-ruyer, que je n’aime guère , et que je trouve mêmede très-mauvais goût; mais je ne puis m’empêcherde dire qu’une des choses qui me charment dans lecaractère de Jésus n’est pas seulement la douceurdes mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce ,et même l’élégance. Il ne fuyoit ni les plaisirs, ni lesfêtes ;il alloitaux noces,il voyoit les femmes, il jouoitavec les enfants, il aimoit les parfums , il mangeoitchez les financiers. Ses disciples ne jeûnoient point;son austérité n’étoit point fâcheuse. Il étoit à la foisindulgent et juste , doux aux foibles et terrible auxméchants. Sa morale avoit quelque chose d’at-trayant, de -caressant, de tendre ; il avoit le cœur
(a) Les premiers réformés donnèrent d’abord dans cet excèsavec une dureté qui fît bien des hypocrites ; et les premiers jan-sénistes ne manquèrent pas de les imiter en cela. Un prédica-teur de Genève , appelé Henri de la Marre , soutenoit en chaireque c’étoit pécher que d'aller à la noce plus joyeusement queJésus-Christ n’étoit allé à la mort. Un curé janséniste soutenoitde même que les festins des noces étoient une invention du dia-ble. Quelqu’un lui objecta là-dessus que Jésus-Christ y avoitpourtant assisté, et qu'il avoit meme daigné y faire son premiermiracle pour prolonger la gaieté du festin. Le curé , un peuembarrasse , répondit en grondant : « Ce n’est pas ce qu’il fit» de mieux. »