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17 (1830) Lettres de la montagne / de J.J. Rousseau ; mises dans un nouvel ordre avec des notes historiques, et des éclaircissements; par V.D. Musset-Pathay
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LETTRES

Lentreprise étoit hardie, mais elle n'étoit pas té-méraire; et, sans des circonstances quil étoit dif-ficile de prévoir, elle devoit naturellement réussir.Je nétois pas seul de ce sentiment ; des gens très-éclairés , dillustres magistrats même , pensoientcomme moi. Considérez létat religieux de l'Europe au moment je publiai mon livre , et vous verrezquil étoit plus que probable quil seroit partout ac-cueilli. La religion, décréditée en tout lieu par laphilosophie, avoit perdu son ascendant jusque surle peuple. Les gens dÉglise, obstinés à létayer parson côté foible, avoienl laissé miner tout le reste ; etlédifice entier, portant à faux, étoit prêt à sécrou-ler. Les controverses avoient cessé parce quellesnintéressoient plus personne ; et la paix régnoit en-tre les différents partis, parce que nul ne se soucioitplus du sien. Pour ôter les mauvaises branches, onavoit abattu larbre; pour le replanter, il falloitnylaisser que le tronc.

Quel moment plus heureux pour établir solide-ment la paix universelle, que celui lanimositédes partis suspendue laissoit tout le monde en étatdécouter la raison? A qui pouvoit déplaire un ou-vrage, sans blâmer, du moins sans exclure per-sonne , on faisoit voir quau fond tous étoient dac-cord ; que tant de dissensions ne s'étoient élevées,que tant de sang navoit été versé que pour des mal-entendus ; que chacun devoit rester en repos danssou culte , sans troubler celui des autres ; que par-tout on devoit servir Dieu , aimer son prochain »obéir aux lois , et quen cela seul consistoit lessence