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LETTRES
les maux dont je voulois délivrer le genre humain.Renaîtra-t-il jamais un autre ami de la vérité quemon sort n’effraie pas ? Je l’ignore. Qu’il soit plussage, s’il a le même zèle, en sera-t-il plus heureux ?J’en doute. Le moment que j’avois saisi, puisqu’ilest manqué, ne reviendra plus. Je souhaite detout mon cœur que le parlement de Paris ne se re-pente pas un jour lui-même d’avoir remis dans lamain de la superstition le poignard que j’en faisoistomber.
Mais laissons les lieux et les temps éloignés, etretournons à Genève . C’est là que je veux vous ra-mener par une dernière observation, que vous êtesbien à portée de faire, et qui doit certainement vousfrapper. Jetez les yeux sur ce qui se passe autour devous. Quels sont ceux qui me poursuivent! quelssont ceux qui me défendent? Voyez parmi les re-présentants l’élite de vos citoyens : Genève en a-t-elle de plus estimables? Je ne veux point parler demes persécuteurs ; à Dieu ne plaise que je souillejamais ma plume et ma cause des traits de la satire !je laisse sans regret cette arme à mes ennemis. Maiscomparez et jugez vous-même. De quel côté sont lesmœurs, les vertus , la solide piété, le plus vrai pa-triotisme ? Quoi ! j’offense les lois, et leurs plus zé-lés défenseurs sont les miens! j’attaque le gouver-nement , et les meilleurs citoyens m’approuvent !j’attaque la religion, et j’ai pour moi ceux qui ontle plus de religion ! Cette seule observation dit tout ;elle seule montre mon vrai crime et le vrai sujet demes disgrâces. Ceux qui me haïssent et m’outragent