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LETTRES
Ceux qui soumettent les lois aux passions humainessont les vrais destructeurs des gouvernements : voilàles gens qu’il faudroit punir.
Les fondements de l’état sont les mêmes danstous les gouvernements, et ces fondements sontmieux posés dans mon livre que dans aucun autre.Quand il s’agit ensuite de comparer les diversesformes de gouvernement, on ne peut éviter de pe-ser séparément les avantages et les inconvénientsde chacun : c’est ce que je crois avoir fait avec im-partialité. Tout balancé, j’ai donné la préférence augouvernement de mon pays ; cela étoit naturel etraisonnable ; on m’auroit blâmé si je ne l’eusse pasfait : mais je n’ai point donné d’exclusion aux autresgouvernements; au contraire, j’ai montré que chacunavoit sa raison qui pouvoit le rendre préférable àtout autre, selon les hommes, les temps et les lieux.Ainsi, loin de détruire tous les gouvernements, jeles ai tous établis.
En parlant du gouvernement monarchique en par-ticulier , j’en ai bien fait valoir l’avantage, et je n’enai pas non plus déguisé les défauts ; cela est, je pense,du droit d’un homme qui raisonne : et quand je luiaurois donné l’exclusion, ce qu’assurément je n’aipas fait, s’ensuivroit-il qu’on dût m’en punir à Ge nève ? Hobbes a-t-il été décrété dans quelque monar-chie , parce que ses principes sont destructifs de toutgouvernement républicain? et fait-on le procès chezles rois aux auteurs qui rejettent et dépriment lesrépubliques ? le droit n’est-il pas réciproque ? et lesrépublicains ne sont-il pas souverains dans leur pays