ÉCRITES DE LA MONTAGNE. 175
mais destructive d’elle-même. Ainsi la liberté sans lajustice est une véritable contradiction; car, commequ’on s’y prenne, tout gêne dans l’exécution d’unevolonté désordonnée.
Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quel-qu’un est au-dessus des lois : dans l'état même denature, l'homme n'est libre qu'à la faveur de la loinaturelle, qui commande à tous. Un peuple libreobéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs, et non pasdes maîtres ; il obéit aux lois , mais il n’obéit qu’auxlois, et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pasaux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dansles républiques au pouvoir des magistrats ne sontétablies que pour garantir de leurs atteintes l’en-ceinte sacrée de lois : ils en sont les ministres , nonles arbitres ; ils doivent les garder, non les enfrein-dre. Un peuple est libre, quelque forme qu'ait songouvernement , quand , dans celui qui le gouverne,il ne voit point l’homme, mais l’organe de la loi. Enun mot, la liberté suit toujours le sort des lois,elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien deplus certain.
Vous avez des lois bonnes et sages , soit en elles-mêmes, soit par cela seul que ces sont des lois.Toute condition imposée à chacun par tous ne peutêtre onéreuse à personne, et la pire des lois vautencore mieux que le meilleur maître; car tout maî-tre a des préférences , et la loi n’en a jamais.
Depuis que la constitution de vôtre état a prisune forme üxe et stable, vos fonctions de législateursont finies : la sûreté de l’édifice veut qu’on trouve